Monde
Vingt-quatre ans de détention arbitraire pour quatre journalistes érythréens

L’organisation Reporters sans frontières alerte sur le sort de quatre professionnels des médias incarcérés depuis 2001 sans jugement, et appelle à une mobilisation internationale.
L’Érythrée reste l’un des pays les plus répressifs au monde en matière de liberté de la presse. Quatre journalistes, Temesgen Ghebreyesus, Seyoum Tsehaye, Amanuel Asrat et Dawit Isaak – ce dernier détenant également la nationalité suédoise –, croupissent derrière les barreaux depuis maintenant vingt-quatre ans, sans avoir jamais été présentés à un tribunal. Aucun contact avec l’extérieur ne leur est autorisé, une situation que RSF qualifie d’insupportable.
Le régime du président Isaias Afwerki, au pouvoir depuis l’indépendance du pays en 1993, a systématiquement verrouillé toute expression indépendante. En 2001, les autorités ont fermé l’ensemble des médias privés et lancé une vague d’arrestations visant l’opposition et la presse. Certains reporters sont décédés en détention, sans que les circonstances de leur mort ne soient élucidées.
Sadibou Marong, responsable du bureau Afrique subsaharienne de RSF, a dénoncé une forme de torture psychologique infligée à ces détenus. Il a exhorté les autorités érythréennes à mettre un terme à cette détention arbitraire. Seul Dawit Isaak a brièvement recouvré la liberté en 2005, avant d’être de nouveau arrêté au bout de quarante-huit heures. Depuis, plus aucune trace de vie n’a filtré.
Interpellé par l’AFP sur les conditions de détention de ces hommes, le ministre érythréen de l’Information n’a pas répondu. RSF presse la Suède et la communauté internationale d’intervenir pour faire respecter les droits fondamentaux de ces journalistes. Plusieurs plaintes pour crimes contre l’humanité ont été déposées en Suède contre le président érythréen, mais aucune enquête n’a abouti, faute de coopération des autorités d’Asmara.
Au-delà du sort de ces quatre professionnels, l’Érythrée est régulièrement pointée du doigt par les Nations unies pour les disparitions forcées de dissidents et l’enrôlement à vie de civils dans l’armée, un système qualifié d’esclavage moderne. Le pays occupe la dernière place du classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF.

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