Monde
Une trêve fragile soulage les populations frontalières du Cambodge et de la Thaïlande

L’annonce d’un cessez-le-feu suscite un espoir mitigé parmi les milliers de déplacés, partagés entre l’envie de rentrer et la crainte d’une reprise des hostilités.
Dans un centre d’accueil de la province thaïlandaise de Surin, à une cinquantaine de kilomètres de la frontière cambodgienne, l’attente est pesante. Les regards se tournent vers l’horloge, scrutant l’approche de minuit, heure à laquelle doit entrer en vigueur l’accord de cessez-le-feu conclu entre les deux pays voisins. Pour Jeanjana Phaphan, agricultrice de 48 ans réfugiée avec son jeune fils, cette trêve représente une lueur d’espoir après des jours d’angoisse. « Si les combats s’arrêtent vraiment, ce sera un immense soulagement », murmure-t-elle, les traits tirés par l’épuisement.
Le conflit, qui a éclaté le 24 juillet autour d’un territoire disputé, a contraint près de 300 000 personnes à fuir leurs foyers. Les bombardements et les tirs d’artillerie ont fait une trentaine de victimes, tandis que chars et avions de combat étaient déployés de part et d’autre. La médiation malaisienne, soutenue par des puissances étrangères, a permis d’aboutir à cette trêve inconditionnelle. Mais sur le terrain, la méfiance persiste.
« Nous ne sommes que des paysans des deux côtés de la frontière, lance Tee Samanjai, un Thaïlandais de 68 ans. Rentrer ? Oui, mais sans aucune certitude que cela durera. » Comme lui, beaucoup redoutent une reprise des affrontements, comme lors des précédents épisodes en 2008 et 2011. Dans un temple cambodgien transformé en abri, Say Yoeun, cultivateur de riz, partage cette inquiétude. « Ma maison, mes bêtes, mes champs… Tout est là-bas, et je ne peux rien y faire », soup-t-il.
Si les commandants militaires doivent se rencontrer dès mardi pour consolider l’accord, les civils déplacés attendent des garanties plus solides. « Un cessez-le-feu, c’est bien, mais ce n’est qu’un début », estime Kavindhra Tiamsai, une jeune Thaïlandaise dont la famille a dû fuir précipitamment. « Les gens d’ici n’ont ni voiture, ni économies. Comment reconstruire sans aide ? » La question reste en suspens, alors que les deux pays tentent de tourner la page d’une crise dont les racines, bien plus anciennes, ne se résoudront pas en une nuit.

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