Monde
Une mère dans une tente, un fils sur un banc. Le football palestinien écrit son histoire

Depuis un camp de déplacés à Gaza, Huda Abou Jazar guide par téléphone son fils, le sélectionneur de l’équipe nationale. Leur lien, tissé de résilience et de passion, transcende les frontières et les épreuves.
Le parcours de l’équipe de Palestine vers les quarts de finale de la Coupe arabe de football est marqué par une relation singulière. Ehab Abou Jazar, l’entraîneur, dirige ses joueurs depuis Doha, au Qatar. Mais sa source d’inspiration quotidienne se trouve à des centaines de kilomètres, dans le camp de déplacés d’Al-Mawasi, au sud de la bande de Gaza. C’est là que vit sa mère, Huda Mahmoud Abou Jazar, âgée de soixante-deux ans.
Installée sous une tente après la destruction de la maison familiale, elle suit avec une attention absolue la campagne de son fils. Dès que la connexion le permet, elle l’appelle. Leurs conversations ne portent que sur le football. Elle s’enquiert de la forme des joueurs, des choix tactiques, du moral du groupe. Pour l’entraîneur de quarante-cinq ans, ces échanges sont une bouffée d’oxygène et une motivation profonde.
Lors des matchs, tout le camp se rassemble autour des écrans. La qualification historique obtenue face à la Syrie a déclenché des scènes de liesse, des youyous fusant de toutes parts. Huda Abou Jazar décrit ce bonheur comme une émotion oubliée, un honneur immense dans un quotidien marqué par la guerre. Son fils, ancien arrière gauche, puise dans cet optimisme inébranlable la force de transmettre à ses joueurs l’idée qu’ils représentent bien plus qu’une équipe.
La sélection palestinienne, classée au 96e rang mondial, a vu ses espoirs de qualification pour la Coupe du monde s’éloigner cet été. Pourtant, cette performance en Coupe arabe, réalisée par une majorité de joueurs n’ayant jamais foulé le sol de Gaza, revêt une signification particulière. Elle démontre, selon le sélectionneur, la capacité d’excellence du peuple palestinien lorsque les conditions le permettent.
La situation dans l’enclave reste une préoccupation constante pour Ehab Abou Jazar et ses joueurs, qui suivent les événements depuis l’étranger avec angoisse. Il évoque une pression mentale considérable, tempérée par une résilience qu’il qualifie de génétique. Avant chaque rencontre, sa mère lui adresse un message de soutien et de prières, espérant que chaque tir sera guidé vers la victoire.
Pour l’entraîneur, chaque match est l’occasion d’offrir un moment de répit à une population éprouvée. Cette pensée anime l’équipe et la pousse à se battre sur le terrain avec une détermination sans faille. Le football devient ainsi un vecteur d’unité et d’espoir, une fragile mais puissante lueur dans un contexte de grande adversité.

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