Société
Un vaste réseau de partage non consenti d’images intimes démantelé sur Telegram

_**Des dizaines de milliers de photos et de vidéos de femmes, souvent à caractère explicite, ont circulé sans autorisation sur la messagerie cryptée, selon une enquête récente. L’étude met en lumière l’insuffisance des mécanismes de modération de la plateforme.**_
Une enquête approfondie menée par une organisation spécialisée dans l’analyse numérique a révélé l’existence de canaux et de groupes dédiés à l’échange massif de contenus intimes de femmes, principalement en Italie et en Espagne. Ces espaces numériques, actifs sur l’application Telegram, ont permis la diffusion de plus de quatre-vingt mille fichiers multimédias, dont certains mettaient en scène des adolescentes. Une partie de ces documents aurait été générée par des outils d’intelligence artificielle.
Les investigations démontrent que ces réseaux ne se limitaient pas au simple partage d’images. Les chercheurs y ont également observé des pratiques de harcèlement, la divulgation d’informations personnelles, ainsi que des propos incitant à des agressions sexuelles. Une grande partie des fichiers proviendrait d’autres réseaux sociaux populaires, faisant de Telegram un carrefour de redistribution et d’archivage pour ce type de contenus illicites.
Le rapport souligne avec inquiétude la persistance de ces groupes malgré les signalements. Plusieurs d’entre eux, bien que fermés temporairement, sont réapparus sous des appellations identiques quelques heures plus tard, suggérant une faille dans les procédures de contrôle de la plateforme. Les auteurs de l’étude attribuent cette résilience à l’architecture même de Telegram, qui allie des fonctionnalités de confidentialité avancées, comme le chiffrement des conversations, à une capacité de diffusion de masse, facilitant ainsi les comportements malveillants.
Face à ces constats, les experts préconisent un encadrement réglementaire plus strict. Ils recommandent notamment que Telegram soit formellement désigné comme une « très grande plateforme » au regard de la législation européenne sur les services numériques, ce qui imposerait à l’entreprise des obligations de modération et de transparence accrues.
La société a pour sa part défendu ses systèmes de modération, affirmant qu’ils étaient efficaces pour empêcher la propagation à grande échelle de contenus préjudiciables. Elle réaffirme par ailleurs l’interdiction, stipulée dans ses conditions d’utilisation, de partager des documents intimes sans le consentement des personnes concernées, tout en reconnaissant la complexité technique que représente la surveillance des contenus synthétiques. Cette affaire intervient dans un contexte où la responsabilité des plateformes face aux contenus illicites fait l’objet d’un examen judiciaire renforcé dans plusieurs pays.

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