Politique
Un policier dit avoir reçu l’ordre d’accuser LFI, la gauche parle de scandale d’Etat
Des révélations anonymes assurent que des agents des renseignements territoriaux ont été priés de désigner La France insoumise comme responsable des…


Des révélations anonymes assurent que des agents des renseignements territoriaux ont été priés de désigner La France insoumise comme responsable des violences du week-end. Devant les députés, l’exécutif dément, et les Insoumis annoncent une procédure visant le ministre de l’Intérieur.
Tout part d’une enquête de presse rendue publique cette semaine. Un commissaire des renseignements territoriaux y affirme, sous couvert d’anonymat, recevoir des consignes écrites lui demandant de désigner La France insoumise comme responsable des troubles du week-end. Une version qu’il juge lui-même fausse, au regard de ce que pensent ses collègues. Pour Manuel Bompard, coordinateur national du mouvement, c’est un « scandale d’Etat ». Il annonce saisir la Cour de justice de la République, la seule juridiction habilitée à juger des ministres en exercice, contre Laurent Nuñez. « Fabriquer des faux documents, faire ce qu’on appelle un abus d’autorité, ce sont des délits », accuse-t-il.
La séance de questions au gouvernement a tourné au bras de fer. Sébastien Lecornu est monté en personne au créneau pour démentir que la police « se livre à du renseignement politique ». « Il est impensable qu’un gouvernement puisse donner de pareilles instructions », a martelé le Premier ministre. Quelques minutes plus tôt, son ministre de l’Intérieur avait lui aussi écarté toute implication de l’exécutif. Une réponse qui n’a pas convaincu les Insoumis, qui ont rapproché l’affaire d’autres révélations visant Jordan Bardella, démenties par l’intéressé. « Le macrolepenisme converge dans une même détestation de la vérité », a tranché Manuel Bompard.
Le groupe a ajouté un second front. Son député Raphaël Arnault, fondateur de la mouvance antifasciste de la Jeune Garde, aurait été la cible d’une tentative d’interpellation planifiée quai de la gare de Lyon, à la descente de son train, dans la matinée. Les Insoumis y voient un « coup monté » et le signe d’une « bascule autoritaire ». Interrogé par Mathilde Panot, présidente de leur groupe à l’Assemblée, Sébastien Lecornu n’a ni confirmé ni infirmé. Il a rappelé que la Jeune Garde avait été dissoute pour « valorisation de la violence, préparation aux affrontements violents, absence de condamnation des violences », et que le député avait lui-même été condamné pour « violences volontaires ». Laurent Nuñez, lui, a brandi Raphaël Arnault comme la preuve d’un « trait d’union » entre La France insoumise et certains groupuscules d’ultragauche.
Cette séquence ne surgit pas de nulle part. Depuis plusieurs semaines, l’exécutif reproche au mouvement de Jean-Luc Mélenchon d’attiser et d’instrumentaliser la colère des lycéens. Samedi soir, le Premier ministre a haussé le ton en le sommant de « choisir son camp » entre les « forces de l’ordre » et les « casseurs », rangeant LFI, les partis d’extrême gauche et les groupes radicaux dans une même « nébuleuse d’extrême gauche ». Il a aussi ressorti l’investiture offerte à Philippe Poutou lors des législatives de 2024, après les propos de l’ancien candidat du NPA se disant du côté du « camp des manifestants, des émeutiers, de la jeunesse révoltée, des opprimés et du désordre ».
À droite et à l’extrême droite, la charge est encore plus directe. Le président LR du Sénat, Gérard Larcher, a estimé cette semaine que la question d’une interdiction de La France insoumise pouvait être « posée », reprenant une proposition de Bruno Retailleau. Pour Jordan Bardella, « l’ultragauche est le bras armé » de LFI, qui voudrait « la guerre civile en France ». Jean-Luc Mélenchon a répondu sur X en évoquant des « provocations souvent pratiquées dans ce type de période de crise » et en appelant ses militants à la « vigilance ». Mais les Insoumis ont aussi trouvé des alliés. Olivier Faure a jugé qu’« on a le droit de contester LFI mais, dans une démocratie, on ne manipule pas la vérité pour éliminer un opposant ». Cyrielle Chatelain, présidente du groupe écologiste à l’Assemblée, a fustigé un gouvernement qui « s’enferme dans une rhétorique du bouc émissaire ».
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