Monde
Un agent nigérien blessé aux côtés de l’armée française expulsé de Paris, Niamey dénonce une ingratitude
Le Niger accuse la France d’avoir poussé vers la sortie deux de ses agents de sécurité, dont un officier grièvement blessé en 2014 lors d’une mission…

Le Niger accuse la France d’avoir poussé vers la sortie deux de ses agents de sécurité, dont un officier grièvement blessé en 2014 lors d’une mission menée avec l’armée française. Paris ne commente pas, et la brouille entre les deux pays franchit un nouveau cap.
Le gouvernement nigérien n’a pas mâché ses mots. Mardi, dans un communiqué lu à la télévision nationale, il a qualifié d’« acte d’ingratitude grave et inacceptable » l’expulsion de deux agents nigériens survenue en septembre. Un verdict qui en dit long sur l’état des relations entre Niamey et Paris, déjà proches de la rupture complète.
Dans le viseur des autorités nigériennes, une décision française prise le 16 septembre. Ce jour-là, selon une source diplomatique, la France a déclaré « persona non grata » deux agents de renseignement en poste à l’ambassade du Niger à Paris, les contraignant à quitter le territoire dans la foulée. Interrogée, la diplomatie française n’a rien dit. Le silence, côté Paris, contraste avec la sortie très politique du ministre nigérien de la Justice, Alio Daouda, qui a longuement défendu l’un des deux hommes.
Cet agent, l’officier Abdoul-Razak Ibrahim Moussa Toro, n’est pas un dossier ordinaire. En 2014, alors que la France coopérait encore militairement avec le Niger, il participait à une mission dans la région de Diffa, dans le sud-est du pays. Il y a été « grièvement blessé », raconte le ministre. Il avait ensuite été évacué vers la France pour y être soigné. Pour Niamey, cet homme aurait dû recevoir « reconnaissance et protection ». Il a reçu une obligation de quitter le territoire, décision qu’il a contestée devant la justice française.
Le ministre de la Justice insiste sur ce qu’il présente comme un revirement. Les autorités françaises, dit-il, ont « changé de méthode » le 16 septembre en le déclarant persona non grata, une mesure étendue à sa famille, enfants compris. Trois jours plus tard, le 19 septembre, l’officier quittait la France. Et le communiqué de poser une question sans détour. Peut-on chasser un homme blessé, mutilé et rendu inapte au service, pour une coopération que la France a elle-même voulue, ordonnée et payée ? Le gouvernement nigérien y voit une manière de remercier ceux qui ont servi à ses côtés, en les mettant à la porte avec leur famille, « quitte à devancer ses propres tribunaux ». Ces informations n’ont pas pu être vérifiées de manière indépendante dans l’immédiat.
Pour comprendre ce bras de fer, il faut remonter au coup d’État du 26 juillet 2023. Le général Abdourahamane Tiani renverse alors Mohamed Bazoum, président élu démocratiquement. Très vite, Paris ne reconnaît pas la junte et continue de voir en Mohamed Bazoum le seul chef d’État légitime. Le Niger, de son côté, se rapproche de Moscou, expulse l’ambassadeur de France Sylvain Itté et dénonce unilatéralement tous les accords militaires. Conséquence directe, environ 1 500 militaires français plient bagage. En décembre 2023, la France ferme définitivement son ambassade à Niamey, jugeant impossible son fonctionnement normal face aux entraves du régime militaire. Une décision rare. Curieusement, l’ambassade du Niger à Paris, elle, est restée ouverte. C’est justement dans ce décor que l’affaire des deux agents a éclaté, ajoutant une couche de tension à une relation déjà largement à vif.
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