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Le Rwanda en pole position pour accueillir les déboutés d’asile européens

Cinq pays de l’Union européenne veulent envoyer leurs demandeurs d’asile déboutés dans un centre installé au Rwanda. Le dispositif, pensé comme un simple…

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Le Rwanda en pole position pour accueillir les déboutés d'asile européens

Cinq pays de l’Union européenne veulent envoyer leurs demandeurs d’asile déboutés dans un centre installé au Rwanda. Le dispositif, pensé comme un simple test au départ, suscite déjà de vives réserves.

Le Rwanda tient la corde. D’après des informations concordantes, ce pays d’Afrique de l’Est devrait abriter le tout premier « hub de retour » destiné aux migrants expulsés d’Europe, avec des premières arrivées envisagées dès le début de l’année prochaine. L’accord entre Kigali et les cinq États européens porteurs du projet pourrait être officialisé à la mi-novembre, éventuellement en marge d’une conférence consacrée aux questions migratoires à Vienne. Les signaux se multiplient depuis la rentrée. Des représentants de ces capitales se sont rendus à Kigali début septembre, tandis qu’une délégation rwandaise a effectué ces derniers jours un déplacement en Europe, avec une étape à Bruxelles. L’Ouganda et l’Ouzbékistan restent eux aussi sur la liste des candidats possibles.

Derrière ce qui ressemble à une simple histoire de destination, il y a une mécanique bien rodée. Allemagne, Autriche, Danemark, Grèce et Pays-Bas planchent depuis des mois sur ces centres, imaginés avec la Commission européenne il y a environ dix-huit mois. Leur double objectif est clair. Il s’agit d’abord d’augmenter fortement le nombre de renvois de personnes dont la demande d’asile a été rejetée. Il s’agit ensuite d’envoyer un message aux candidats au départ, pour les dissuader de tenter leur chance sur le sol européen. Ces cinq pays, tenants d’une ligne dure sur l’immigration, espèrent boucler un accord avec un État partenaire avant la fin de l’année, pour une ouverture programmée en 2027.

La mise en route se fera en douceur, avec une sorte de projet pilote. Une vingtaine de déboutés d’asile seulement seraient transférés dans un premier temps, tous ressortissants d’un même pays européen, probablement des hommes majeurs interceptés à la frontière. Les organisateurs veulent verrouiller tous les scénarios avant l’annonce officielle, du transport des personnes jusqu’à la prise en charge médicale en cas de maladie. Sur place, l’établissement ne sera pas un centre de détention fermé. Les autorités rwandaises préfèrent parler de « centres d’accueil » et envisagent d’y proposer des formations professionnelles.

Le projet ne fait pas l’unanimité, loin de là. Les ONG s’alarment du traitement réservé aux migrants dans ces structures, et la France affiche son scepticisme. Emmanuel Macron avait vertement critiqué le principe en juin, en marge d’un sommet, jugeant ces centres « ni efficaces » ni conformes aux valeurs de l’Union. L’eurodéputée écologiste néerlandaise Anna Strolenberg, rentrée d’une mission au Rwanda il y a quelques semaines, y voit « une grave erreur » et dit avoir constaté sur place une dégradation du sentiment à l’égard des réfugiés. Elle s’interroge aussi sur le sens du mot accueil, estimant qu’envoyer des centaines de personnes hors de l’Union parce qu’on ne souhaite pas les voir rester n’a rien d’hospitalier.

Le Rwanda n’est pas un terrain vierge sur ce terrain. Le Royaume-Uni avait annoncé en 2022 son intention d’y ouvrir un centre, avant d’abandonner sous Keir Starmer face aux obstacles judiciaires. Les États-Unis ont de leur côté accru leurs efforts pour éloigner des étrangers qui ne peuvent pas être renvoyés chez eux, en proposant de les envoyer vers l’Ouganda, le Salvador ou le Rwanda. Cette fois, la Commission européenne assiste à certaines réunions en qualité d’observatrice, sans se prononcer sur les modalités. Le gouvernement rwandais n’a pas répondu aux sollicitations. Un diplomate d’un des cinq pays résume la situation d’une phrase, le dialogue avance très bien, mais aucun commentaire ne sera fait sur le calendrier ni sur le pays retenu.

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