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Au Soudan, les orpailleurs retournent vers la mine frappée pour survivre
Des survivants d’une frappe meurtrière attribuée à l’Égypte retournent déjà dans le triangle de Halaïb, poussés par le besoin d’extraire et de vendre leur…


Des survivants d’une frappe meurtrière attribuée à l’Égypte retournent déjà dans le triangle de Halaïb, poussés par le besoin d’extraire et de vendre leur or. Leur village compte ses morts et ses disparus, tandis que la guerre ferme presque toutes les autres portes.
Sharaf al-Din Ali, 26 ans, attend un camion qui doit le ramener à Jabal al-Uqaydat, une mine artisanale du triangle de Halaïb, zone riche en minerais que l’Égypte et le Soudan se disputent. Il vient d’enterrer un ami proche dans une fosse commune, aux côtés de dizaines d’autres corps. « Il faut que j’aille récupérer mon or », lâche-t-il. Puis il promet. « Ensuite, je n’y retournerai plus. » Ce mineur avait arrêté ses études quand la guerre entre l’armée et les Forces de soutien rapide a éclaté en avril 2023. Comme des millions de Soudanais, il a rejoint les montagnes escarpées de la frontière pour tenter sa chance dans la ruée vers l’or.
Le commerce profite aux deux belligérants. Presque tout l’or part vers les Émirats arabes unis, accusés d’armer les paramilitaires, souvent après un passage par l’Égypte. Dans ce contexte, la mine est devenue un point de tension et de convoitise. Un jour d’octobre, Ali Mohamed Hamdan, 29 ans, buvait du thé avec des collègues quand un avion a commencé à tourner au-dessus d’eux. « Au quatrième passage, il a tiré un missile », raconte-t-il, depuis son retour dans l’est du Soudan. Un bilan initial fait état d’au moins 72 morts. L’attaque est attribuée à l’Égypte. Le Caire a de son côté annoncé une opération contre des orpailleurs situés « sur son territoire » et mène cette année une campagne militaire pour sécuriser ce vaste espace désertique du sud-est, marqué par la traite d’êtres humains et les mines d’or illicites. En juin, des frappes déjà imputées à l’Égypte avaient tué 23 travailleurs sur le même site.
Des centaines de personnes, dont beaucoup d’enfants, restent portées disparues après la dernière attaque. À Wad al-Hulaywah, village de M. Hamdan situé près de l’Éthiopie, 11 décès ont été signalés. Des hommes en djellabas blanches, le visage marqué, sont assis côte à côte et répètent les noms des frères et des voisins disparus. Omar Mohieddin se souvient que l’avion passait presque chaque jour et que les gens s’y étaient habitués. Cette fois, il est revenu avec « le drapeau égyptien bien visible sur l’appareil » et a frappé. Lui a plongé dans un trou pour se protéger. En ressortant, il a trouvé l’un de ses compagnons « les entrailles à l’air ».
Les rescapés ont dû marcher des heures en portant les blessés. D’autres sont morts en chemin, « privés d’eau ou de nourriture », rapporte le médecin d’une petite clinique frontalière, débordée par l’arrivée des corps. Il parle sous couvert d’anonymat. « Ces scènes sont impossibles à décrire. Les gens sont arrivés en morceaux, avec des éclats d’obus dans les yeux, à la tête, aux jambes et à la poitrine. Certains des plus touchés ne sont jamais parvenus jusqu’à nous car aucun moyen de transport n’était disponible. » Tarek Ahmed Issa, lui, s’est réfugié dans les montagnes avec d’autres. En redescendant, « nous avons enterré les corps mais on n’a pas pu tous les trouver », dit-il. Depuis, il cherche un marché pour écouler « quatre mois de labeur ». Les rares camions qui passent réclament le double du tarif habituel.
La guerre a laissé aux jeunes Soudanais deux voies. Prendre les armes dans l’une des nombreuses milices ou creuser pour l’or. Le pays compte 25 millions de moins de 18 ans, et beaucoup ont quitté l’école. Pour les mineurs, les dangers s’accumulent. Les frappes aériennes, les galeries qui s’effondrent, les maladies et le cyanure utilisé pour extraire le métal précieux. Le fruit du travail se vend souvent à un prix dérisoire. « Tout le monde se sert au passage », enrage Omar Abdelrazig Abdalla, qui a perdu un fils et un neveu dans l’attaque. « Avant de toucher sa part, il faut payer le propriétaire du camion, la raffinerie et d’autres intermédiaires encore. » À 19 ans, Tarek Ahmed Issa résume la situation. « La guerre nous a privés de nos cultures et de notre bétail. Je dois continuer à travailler pour nourrir ma famille. »
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