Monde
Un havre de paix au bord du lac pour les Ukrainiens du Donbass


Malgré la proximité du front, les habitants de Sloviansk trouvent refuge dans les moments simples, entre baignades et souvenirs d’avant-guerre.
À quelques kilomètres seulement des lignes de combat, le lac de Sloviansk offre une échappatoire aux habitants épuisés par des mois de conflit. Sous un soleil d’été, des personnes âgées se rassemblent sur les berges, cherchant un peu de fraîcheur et de normalité. Raïssa, 67 ans, partage des prunes en écoutant le grondement lointain d’un avion de chasse. Comme beaucoup ici, elle a choisi de rester, refusant d’abandonner sa maison malgré les risques.
La ville, autrefois peuplée de 110 000 âmes, en compte aujourd’hui à peine la moitié. Les autres ont fui les bombardements et l’avancée des troupes russes. Pourtant, ceux qui demeurent s’accrochent à des rituels simples. Une baignade, un café partagé, le parfum d’une fleur. Ces petits instants, explique Raïssa, permettent d’oublier, l’espace d’un moment, la réalité de la guerre.
Les experts soulignent l’importance de ces mécanismes de résilience. Dans les zones en conflit, les populations développent des stratégies pour préserver leur équilibre mental. Mais cette adaptation ne doit pas masquer la détresse profonde, qui risque de resurgir une fois les hostilités terminées.
Sur la plage, Viatcheslav, un barman de 61 ans, sert des clients habitués au bruit des explosions. Son bar, décoré d’une roue de bateau, diffuse de la musique comme si de rien n’était. « Ceux qui avaient vraiment peur sont déjà partis », constate-t-il. Les autres reviennent, jour après jour, cherchant un semblant de routine.
Plus loin, des cabanes en bois et un abri anti-bombes rappellent la menace constante. Mariana, 37 ans, venue de l’ouest du pays rendre visite à son mari soldat, observe les gestes des habitués. « Si les sirènes retentissent, on fera comme eux », dit-elle calmement.
Pour Raïssa, le lac reste lié à des souvenirs heureux, ceux d’une époque où ses petits-enfants y apprenaient à nager. Aujourd’hui, ils ont quitté la région, comme tant d’autres. Mais elle continue de venir, seule, pour se souvenir et, peut-être, espérer des jours meilleurs.





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