Monde
Un dernier repos sur la terre de Corée pour deux vétérans français
Soixante-quinze ans après avoir combattu sur le sol coréen, deux anciens soldats français ont rejoint leurs frères d’armes au cimetière mémorial des Nations Unies à Busan.
L’adjudant-chef Jacques Grisolet et le caporal André Datcharry, décédés récemment en France, ont été inhumés mercredi dans ce lieu unique, seul cimetière onusien au monde. Ils portent désormais à trente-sept le nombre d’anciens combattants ayant choisi de reposer dans ce vallon verdoyant, où plus de deux mille six cents soldats de vingt-deux pays sont tombés pendant la guerre de Corée. Leurs enfants ont procédé à l’inhumation de leurs cendres lors d’une cérémonie militaire empreinte de solennité. La fille de Jacques Grisolet a confié son émotion de savoir son père à jamais entouré et honoré dans ce lieu international qu’il chérissait.
Ces deux hommes appartenaient au Bataillon français de l’ONU, constitué en 1950 pour repousser l’invasion nord-coréenne. André Datcharry, blessé à deux reprises, servit sur la péninsule de mars 1953 à août 1954. Jacques Grisolet, déployé à deux reprises entre 1951 et 1953, prit part à des affrontements majeurs, dont la terrible bataille de Crèvecoeur, que le général Monclar, héros de la France Libre, compara à Verdun.
L’attachement profond des vétérans à la Corée du Sud s’explique par plusieurs facteurs. Beaucoup furent marqués par la détresse du peuple coréen, qui leur rappela l’exode vécu en France durant l’Occupation. La violence extrême du conflit, qui fit entre deux et trois millions de morts, créa également des liens indéfectibles entre les soldats. Les conditions de combat, entre températures glaciales et moussons diluviennes, forgèrent une fraternité unique. Comme l’a souligné le président de l’Association nationale des anciens et amis des forces françaises de l’ONU, ces hommes ont laissé une part de leur âme en Corée, justifiant leur désir d’y reposer pour l’éternité.
La reconnaissance de la Corée du Sud envers ses défenseurs a également joué un rôle déterminant. Durant la pandémie de Covid-19, Séoul envoya des milliers de masques en France pour protéger les anciens combattants. La fille de Jacques Grisolet se souvient que le premier visiteur venu lui présenter ses condoléances après la mort de son père fut l’attaché militaire sud-coréen en France. De nombreux vétérans sont retournés plusieurs fois sur la péninsule, témoins de sa transformation spectaculaire en puissance économique mondiale. La porte-parole du cimetière de Busan a souligné la fierté immense qu’ils éprouvent en voyant que leurs sacrifices ont jeté les bases de la prospérité et de la démocratie sud-coréennes. Sur les deux cent soixante-neuf soldats français tombés pendant la guerre, seuls dix-sept anciens combattants de ce conflit sont encore en vie.
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