Culture
Un cinéaste libyen tourne son long-métrage dans sa maison, envers et contre tout


Dans un pays où les salles ont disparu et l’industrie cinématographique est à l’arrêt, un réalisateur persévère, transformant son domicile en studio et finançant lui-même son œuvre pour faire renaître le septième art.
Au cœur de Tripoli, loin des projecteurs internationaux, un homme orchestre la réalisation d’un film dans un lieu pour le moins insolite. Mouayed Zabtia a converti une partie de sa propre habitation en plateau de tournage, une solution de fortune devenue indispensable. Cette initiative personnelle illustre les défis monumentaux auxquels se heurte la création cinématographique en Libye, où toute infrastructure dédiée a pratiquement cessé d’exister.
La capitale libyenne, qui comptait autrefois plus d’une vingtaine de salles, n’en possède aujourd’hui plus une seule. Cette disparition est le symptôme d’un long déclin. Sous le précédent régime, l’expression artistique était étroitement contrôlée, le cinéma étant perçu avec une profonde méfiance. Les espoirs d’un renouveau après 2011 se sont rapidement évanouis face à l’instabilité politique persistante et, selon les artistes, à un manque chronique de volonté publique pour soutenir la culture.
Face à cette situation, Mouayed Zabtia a dû adapter sa pratique. Après avoir fondé sa société de production au début des années 2000, il s’est d’abord consacré à des commandes commerciales pour assurer sa subsistance. Aujourd’hui, il se consacre à son premier long-métrage, intitulé « 1986 », une plongée dans l’atmosphère étouffante de la Libye des années quatre-vingt, inspirée d’épisodes réels comme l’exil de l’artiste Ahmed Fakroun.
Le tournage en extérieur représente un parcours d’obstacles, nécessitant des autorisations complexes et une logistique lourde pour sécuriser les lieux. Au-delà des difficultés pratiques, le réalisateur évoque un climat social conservateur qui peut se transformer en une forme de censure diffuse. La simple présence d’une équipe de tournage dans l’espace public suscite l’incompréhension, et la représentation des personnages féminins reste un sujet particulièrement sensible, limitant l’expression de nombreux talents.
Malgré cet environnement contraignant, quelques œuvres libyennes ont réussi à se faire connaître à l’étranger lors de festivals renommés. Pour Mouayed Zabtia, l’avenir de la production locale pourrait paradoxalement passer par les géants du streaming. Si ces plateformes sont souvent critiquées pour leur impact sur l’exploitation traditionnelle, elles pourraient offrir aux créateurs libyens une vitrine internationale et les moyens de financer des récits ancrés dans leur réalité. Dans l’attente de ce possible essor, le studio-maison de Tripoli continue de battre, tel un laboratoire clandestin où l’image tente de retrouver sa place.





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