Monde
Trois ans après la collision de Tempé, la Grèce se penche sur ses responsabilités

Le procès historique de l’accident ferroviaire de 2023, qui avait coûté la vie à 57 personnes, s’ouvre ce lundi devant la cour de Larissa. Trente-six prévenus, dont d’anciens cadres du secteur, devront répondre de leurs actes.
La justice grecque entame ce lundi l’examen minutieux des circonstances qui ont conduit à la collision frontale de deux convois dans la vallée de Tempé. Cet événement, survenu en février 2023, reste la catastrophe ferroviaire la plus grave de l’histoire du pays. Le tribunal de Larissa, où l’audience se tiendra en raison de l’affluence prévue, aura pour tâche de démêler les responsabilités individuelles et systémiques à l’origine de ce drame.
Ce soir-là, un train de voyageurs reliant Athènes à Thessalonique et un convoi de marchandises ont circulé pendant plusieurs minutes sur la même voie, sans qu’aucun dispositif d’alerte ne soit actionné. La collision qui s’ensuivit révéla au grand jour les carences profondes d’un réseau national miné par des années de négligence et d’équipements obsolètes. Malgré des financements européens alloués à sa modernisation, les travaux de mise aux normes des systèmes de signalisation accusent un retard considérable, une situation dénoncée de longue date par les organisations syndicales.
Trente-trois des personnes mises en cause font face à des accusations criminelles et risquent des peines d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à la perpétuité. Le chef de gare en fonction à Larissa au moment des faits, ainsi que deux de ses collègues ayant quitté leur poste avant la fin de leur service, figurent parmi les accusés. Des cadres de l’organisme public des chemins de fer, deux hauts fonctionnaires du ministère des Transports et deux responsables de l’opérateur privé Hellenic Train complètent la liste des prévenus.
L’absence de toute personnalité politique sur le banc des accusés suscite une vive amertume parmi les proches des victimes et une partie de l’opinion publique. Certains estiment que des éléments cruciaux ont été perdus lorsque le site de l’accident a été déblayé peu de temps après les événements. Le président d’une association de familles de victimes a déclaré que les efforts déployés jusqu’à présent semblaient viser à étouffer l’affaire plutôt qu’à établir la vérité.
L’audience, qui pourrait s’étendre sur plusieurs mois, entendra les dépositions d’au moins 352 témoins, parmi lesquels de nombreux survivants. Une grève nationale des chemins de fer, présentée comme un acte de mémoire et de vigilance, paralyse le réseau ce lundi. Une manifestation est également prévue aux abords du tribunal pour réclamer une pleine lumière sur les défaillances structurelles qui ont transformé, selon les mots des organisateurs, le réseau ferroviaire en une menace latente.

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