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Téhéran retrouve un semblant de normalité, mais le coût de la vie devient prohibitif

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Entre les terrasses des cafés branchés et les loyers impayés, la capitale iranienne tente de renouer avec une vie quotidienne que l’inflation galopante rend de plus en plus inaccessible.

Depuis l’instauration d’un cessez-le-feu fragile, les rues de Téhéran offrent le spectacle d’une vie qui reprend ses droits. Des jeunes gens flânent dans les quartiers huppés du nord de la ville, certains sirotent des mocktails dans des établissements où les serveuses, pour beaucoup, ne portent plus le voile. Ces images de légèreté contrastent pourtant avec une réalité économique brutale. L’inflation, déjà supérieure à 45 % avant le conflit déclenché fin février, atteint désormais près de 54 %, selon les statistiques officielles. Le chômage explose, et le double blocus imposé dans le détroit d’Ormuz aggrave encore la situation.

Pour une grande partie de la population, le simple fait de se loger ou de se nourrir est devenu un défi quotidien. Un trentenaire interrogé témoigne que seuls les propriétaires de biens immobiliers ou de grandes entreprises conservent un niveau de vie décent. Son entreprise a dû licencier près de 40 % de ses effectifs. Depuis le début de la guerre, plus de 190 000 personnes ont déposé une demande d’allocations chômage, selon les chiffres communiqués par le ministère du Travail. Les salaires, eux, stagnent.

Les prix des denrées de base ont flambé. Un litre d’huile de cuisson atteint quatre millions de rials, un œuf coûte 240 000 rials, et le kilo de viande varie entre sept et vingt-trois millions de rials, pour un salaire minimum quotidien d’environ 5,5 millions de rials. Un étudiant de 18 ans confie que les tables familiales sont moins garnies et que plus aucun prix ne semble fixe, chaque vendeur imposant le sien. Une mère de famille de Zahedan, dans le sud-est, raconte ne plus pouvoir acheter de lait infantile pour son plus jeune enfant et repousser depuis trois mois une consultation chez le dentiste, un soin devenu trop onéreux.

La dépréciation vertigineuse de la monnaie, amorcée dès l’été 2025 lors des premiers affrontements avec les États-Unis et Israël, a été l’un des déclencheurs des plus grandes manifestations de l’histoire récente du pays, parties du célèbre bazar de Téhéran fin décembre. La répression qui a suivi aurait fait des milliers de morts, selon des organisations de défense des droits humains. Aujourd’hui, les bazars réduisent leurs horaires d’ouverture et le secteur du bâtiment licencie en masse, frappant en priorité les travailleurs migrants afghans.

Malgré ce contexte, certains tentent de préserver une forme d’optimisme. Un photographe ayant perdu son emploi en ligne et payé son loyer en retard pour la première fois raconte qu’il essaie de voir la beauté de la vie et de continuer malgré tout, en profitant des parcs et des cafés de la capitale.

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