Monde
Tarek William Saab, une décennie au parquet vénézuélien

Poète et procureur, cette figure centrale du chavisme a incarné pendant près de dix ans une justice placée sous l’autorité du pouvoir exécutif, suscitant des critiques internationales tout en défendant son bilan.
Tarek William Saab a quitté ses fonctions de procureur général du Venezuela après un mandat de près d’une décennie. Personnalité singulière, se présentant volontiers comme un poète et un défenseur des droits humains, il a pourtant été un pilier de l’appareil judiciaire sous la présidence de Nicolás Maduro. Son action a été perçue par de nombreux observateurs comme un instrument de répression politique, notamment lors des crises de 2017, 2019 et après l’élection présidentielle contestée de 2024.
L’homme, reconnaissable à ses tatouages et à sa présence assidue sur les réseaux sociaux, a toujours revendiqué son engagement chaviste. Il justifiait les arrestations massives intervenues lors des troubles post-électoraux par la nécessité de contrer, selon ses termes, une tentative de guerre civile contre un gouvernement légitime. Cette posture a conduit des organisations de la société civile à dénoncer un parquet entièrement soumis au pouvoir exécutif.
Avant d’accéder à ce poste en 2017, Tarek William Saab avait eu un parcours politique marqué. Ancien militant étudiant d’extrême gauche, il fut élu député en 1999 et participa à la rédaction de la nouvelle Constitution. Il occupa ensuite le poste de gouverneur de l’État d’Anzoátegui, puis celui de Défenseur du Peuple. Il mettait en avant, à la tête du ministère public, une lutte contre la corruption ayant conduit à l’arrestation de figures puissantes, ainsi que la décentralisation de la justice dans les quartiers populaires.
Cependant, ses détracteurs, comme le militant des droits humains Rafael Uzcátegui, estiment que son mandat a surtout été caractérisé par la criminalisation des organisations non gouvernementales et la persécution de l’opposition. Ils pointent du doigt un parquet dépourvu d’indépendance, régulièrement cité dans les rapports internationaux pour son rôle dans de graves violations des droits fondamentaux. L’intéressé rétorquait que des centaines de fonctionnaires avaient été condamnés pour abus sous sa direction, affirmant que les violations étaient systématiquement poursuivies au Venezuela sans ingérence étrangère.
Visé par des sanctions américaines, Tarek William Saab avait récemment participé à l’élaboration d’une loi d’amnistie, présentée comme un outil de pacification nationale. Son départ intervient dans un contexte politique vénézuélien en pleine évolution.

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