Économie
Starmer sauve sa réforme sociale in extremis face à une révolte historique dans ses rangs

Le Premier ministre britannique a dû largement édulcorer son projet pour éviter un camouflet au Parlement, révélant les fractures au sein de sa majorité.
Keir Starmer a évité de justesse un revers politique majeur ce mardi, après des concessions accordées à près de 120 députés rebelles de son propre camp. Le texte controversé, qui visait à durcir les conditions d’accès aux allocations pour les personnes handicapées ou malades, a finalement été adopté par 335 voix contre 260. Mais le compromis obtenu a vidé la réforme de sa substance initiale, suscitant des critiques acerbes jusqu’au sein de l’opposition.
Le gouvernement travailliste avait initialement prévu d’économiser 5 milliards de livres sterling annuels d’ici 2030 en resserrant les critères d’éligibilité. Face à la fronde, Starmer a annoncé que les nouvelles règles ne s’appliqueraient qu’aux futurs bénéficiaires, réduisant ainsi considérablement l’impact budgétaire. Une retraite stratégique qualifiée de «capitulation totale» par les conservateurs, tandis que des élus de gauche dénoncent une trahison des valeurs sociales du Labour.
Cette crise révèle les tensions croissantes au sein de la majorité, un an seulement après la victoire écrasante des travaillistes. Plusieurs figures du parti ont publiquement désavoué un projet jugé «rétrograde», arguant qu’il risquait de plonger 150 000 personnes supplémentaires dans la pauvreté. Le ministre chargé du dossier a tenté d’apaiser les esprits en reportant l’entrée en vigueur des mesures après une consultation, sans convaincre les plus critiques.
Ce recul s’inscrit dans une série de revirements embarrassants pour Starmer, qui a déjà dû abandonner des propositions sur les aides énergétiques et les enquêtes judiciaires. Une instabilité qui alimente les doutes sur sa capacité à tenir ses promesses de rigueur budgétaire, tandis que les sondages montrent un effritement de sa popularité. L’extrême droite de Nigel Farage, en particulier, profite de ces divisions pour gagner du terrain, menaçant l’hégémonie travailliste.
Malgré les critiques, Downing Street se veut rassurant, mettant en avant des «décisions courageuses» et des investissements dans les services publics. Reste que ce bras de fer interne expose les limites de l’autorité du Premier ministre, contraint de naviguer entre austérité exigée par les marchés et solidarité réclamée par sa base. Un équilibre périlleux, alors que les prochaines échéances électorales pourraient redistribuer les cartes bien plus tôt que prévu.

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