Planète
Soweto sous l’emprise toxique d’une mine d’or abandonnée


Les habitants du township sud-africain dénoncent des pathologies graves liées aux résidus miniers, tandis que les autorités tardent à agir.
Dans le quartier de Snake Park à Soweto, une colline artificielle surnommée « la montagne jaune » domine le paysage. Cet amas de déchets miniers, vestige de l’exploitation aurifère du XIXe siècle, libère en permanence des poussières chargées de métaux lourds. Arsenic, plomb et même uranium contamineraient l’air, l’eau et les sols, selon les analyses menées par des organisations locales.
Les conséquences sanitaires sont dramatiques. Une association locale a identifié plus de quinze enfants atteints de paralysie cérébrale, sans compter les cas d’autisme et autres malformations congénitales. Lilly Stebbe, mère adoptive d’une adolescente handicapée, décrit un quotidien marqué par les troubles respiratoires et les hospitalisations répétées. « La poussière ronge nos poumons et affecte nos enfants dès la naissance », témoigne-t-elle.
Les études scientifiques confirment ces craintes. Un chercheur indépendant a mesuré dans les eaux locales des taux alarmants de substances radioactives comme l’uranium, pourtant utilisées pour l’irrigation des cultures et l’abreuvement du bétail. Certains éleveurs rapportent des anomalies chez leurs animaux, comme des chèvres naissant avec trois pattes.
Face à cette crise, la société minière actuelle promet un assainissement complet d’ici dix ans, tout en reconnaissant l’impact sanitaire du site. Mais pour les riverains, ces engagements tardifs ne suffisent pas. « Comment peut-on vivre normalement quand chaque respiration nous empoisonne ? » s’indigne Baile Bantseke, dont le petit-fils présente des troubles autistiques.
Malgré une allocation mensuelle de 113 euros pour les familles concernées, l’accès aux soins reste problématique. L’hôpital le plus proche se situe à quinze kilomètres, sans moyen de transport adapté pour les patients handicapés. Les rencontres organisées par les associations locales deviennent des espaces vitaux de solidarité, mais aussi de colère contre l’inaction des pouvoirs publics.
Cette situation reflète un problème national : l’Afrique du Sud compterait plus de 6 000 mines abandonnées, dont un tiers présenteraient des risques sanitaires majeurs. À Snake Park comme ailleurs, les populations dénoncent l’héritage empoisonné de l’industrie minière, qui continue de détruire des vies bien après la fermeture des puits.





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