Culture
Sida et Covid : quand le cinéma de Cannes explore la peur et l’exclusion

Les films de la Croisette revisitent les traumatismes du VIH à travers le prisme de la pandémie récente, révélant des échos troublants entre deux crises sanitaires mondiales.
Cette année, le Festival de Cannes a offert une plateforme à plusieurs œuvres audacieuses qui plongent dans les heures sombres de l’épidémie de sida. Des récits poignants, portés par des réalisateurs talentueux, rappellent comment la maladie a divisé les sociétés, alimenté les peurs et marginalisé des communautés entières. Des thèmes qui résonnent étrangement avec l’expérience collective du Covid-19.
Parmi les films marquants, *Alpha* de Julia Ducournau et *Le Mystérieux regard du flamant rose* de Diego Céspedes dépeignent des virus dévastateurs, frappant en priorité les populations vulnérables. Les scènes d’hôpitaux submergés, de rumeurs absurdes sur les modes de transmission ou de rejet social rappellent cruellement les réactions paniques observées lors des premières vagues du coronavirus. Ducournau, qui a vécu l’ère du sida dans son enfance, évoque cette peur irrationnelle qui transformait les malades en parias. Une mécanique de stigmatisation qu’elle transpose avec force dans son long-métrage, où l’isolement devient aussi mortel que le pathogène lui-même.
Du côté de *Romería*, Carla Simón puise dans son histoire familiale pour raconter le destin brisé de toxicomanes emportés par le VIH dans l’Espagne des années 1980. Le film souligne l’hypocrisie d’une société rejetant ses propres enfants, tout en dissimulant leur mémoire. Un drame intime qui questionne l’héritage du silence et la honte associée à la maladie – une dimension absente lors de la crise du Covid, où personne n’était tenu pour responsable de sa contamination.
Si les deux épidémies partagent des similitudes – isolement, désinformation, peur de l’autre –, une différence majeure persiste : le sida reste indissociable de préjugés tenaces, contrairement au coronavirus, vécu comme une menace universelle. Pour les jeunes générations, ces films servent de pont entre des réalités qu’elles n’ont pas connues et des enjeux toujours d’actualité. Une manière, aussi, de raviver le devoir de mémoire face à un virus qui continue de tuer.
En marge des projections, des voix s’élèvent pour rappeler l’importance de la sensibilisation. La lutte contre le VIH, souvent reléguée au second plan ces dernières années, mérite plus que jamais d’occuper le devant de la scène. Le cinéma, par sa puissance émotionnelle, se révèle un outil précieux pour briser les tabous et réveiller les consciences.

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