Monde
Pérou : une loi d’amnistie controversée ravive les blessures du passé

La décision du Parlement péruvien d’accorder l’impunité aux forces de sécurité impliquées dans le conflit armé provoque l’ire des familles de victimes et des défenseurs des droits humains.
Le Pérou traverse une nouvelle crise politique et morale après l’adoption d’une loi accordant l’amnistie aux militaires et policiers accusés de violations des droits de l’homme durant le conflit interne (1980-2000). Ce texte, voté en deuxième lecture, suscite une vive indignation parmi les proches des disparus et les organisations de défense des libertés fondamentales.
Selon les critiques, cette mesure législative blanchirait près de 900 membres des forces de l’ordre, dont des hauts gradés, poursuivis ou condamnés pour des exactions commises durant la guerre contre les guérillas maoïstes du Sentier lumineux et du MRTA. Un collectif représentant les victimes dénonce une « loi qui récompense des assassins », tandis que d’anciens responsables politiques pointent son incompatibilité avec les engagements internationaux du pays en matière de justice transitionnelle.
Les familles des 70 000 morts et disparus expriment leur colère face à ce qu’elles considèrent comme une trahison de l’État. Pour elles, cette amnistie équivaut à effacer les crimes contre l’humanité documentés par la Commission vérité et réconciliation, qui a recensé plus de 4 000 charniers clandestins. Certains annoncent déjà des recours juridiques pour bloquer l’application du texte, arguant qu’il viole la Constitution péruvienne et les traités internationaux.
Porté par des élus proches de l’ex-président Alberto Fujimori – lui-même gracié en 2023 –, ce projet s’inscrit dans une série de mesures controversées visant à exonérer les acteurs étatiques du conflit. En août 2024, une loi avait déjà déclaré prescrits les crimes contre l’humanité antérieurs à 2002, bénéficiant à l’ancien chef d’État et à des centaines de militaires. Une décision qui, selon les observateurs, fragilise davantage les espoirs de justice et de réconciliation nationale.

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