Europe
Aleksandar Vucic joue son avenir dans les urnes face à la colère étudiante
Quatorze ans de pouvoir, une stature de géant et un discours de stabilité. Dimanche, le président démissionnaire espère redevenir Premier ministre, mais…

Quatorze ans de pouvoir, une stature de géant et un discours de stabilité. Dimanche, le président démissionnaire espère redevenir Premier ministre, mais une partie du pays lui réclame désormais des comptes.
Aleksandar Vucic a longtemps eu réponse à tout. À 56 ans, ce nationaliste de 1m99 domine la vie politique serbe depuis quatorze ans et aborde le scrutin de dimanche en position inhabituelle, celle d’un homme dont l’autorité est contestée. Fin septembre, il a quitté la présidence pour faire campagne, avec l’objectif clair de conserver le pouvoir en devenant Premier ministre au lendemain des législatives. Devant ses soutiens, il s’est peint en « serviteur fidèle », toujours prêt au « combat ».
Son parcours raconte les virages de la Serbie. Né à Belgrade le 5 mars 1970, il entre en politique en 1998 comme ministre de l’Information de Slobodan Milosevic, au sein du Parti radical serbe, une formation ultranationaliste proche des dirigeants serbes de Bosnie Radovan Karadzic et Ratko Mladic. Dix ans plus tard, il change de cap et se présente en conservateur pro-européen à la tête du Parti progressiste serbe (SNS), fraîchement créé. Vice-Premier ministre et ministre de la Défense après 2012, il devient chef du gouvernement en 2014, puis président en 2017.
Ce recentrage ne s’est jamais accompagné d’une vraie distance avec les Serbes impliqués dans les atrocités des années 1990. La preuve la plus récente reste la grande cérémonie funéraire organisée à Belgrade le mois dernier en hommage à Ratko Mladic, l’ancien chef militaire des forces serbes de Bosnie condamné à la perpétuité par la justice internationale. Sur la scène diplomatique, Vucic défend l’intégrité territoriale de l’Ukraine sans rejoindre les sanctions européennes contre la Russie. Il assure protéger les intérêts serbes au Kosovo et a nettement augmenté les dépenses militaires au cours de la dernière décennie.
Pour ses partisans, il incarne le retour au calme d’un pays meurtri par l’isolement international qui a suivi les guerres yougoslaves. Son pouvoir repose aussi sur une image de bâtisseur, entretenue sur les chaînes proches du gouvernement et sur les réseaux sociaux. Il y vante des investissements russes, chinois, américains ou allemands, promettant des emplois, des infrastructures et un niveau de vie en hausse. Une nouvelle tour de verre surplombe Belgrade dans un quartier rutilant, les chantiers se multiplient et il se félicite de vivre dans un « paysage de grues ».
Le décor s’est fissuré en 2024. Un auvent en béton de la gare de Novi Sad, deuxième ville du pays, tout juste rénovée, s’est effondré et a tué 16 personnes. Les accusations de corruption ont fait basculer une partie de la population dans la rue. Menées par des étudiants qui exigent des enquêtes transparentes, les manifestations ont rassemblé des centaines de milliers de personnes, du jamais-vu depuis l’ère Milosevic. Leurs revendications se sont peu à peu muées en demande de législatives anticipées, tandis que les blocages universitaires étaient accusés d’être pilotés de l’étranger.
La réponse du pouvoir s’est durcie. Des fidèles montent la garde devant le palais présidentiel et les protestataires disent subir intimidations et violences. Le mouvement étudiant, lui, dénonce une dérive autoritaire, la mainmise sur les médias et la corruption du SNS. Début septembre, l’organisation d’élections finit par être actée. Mi-octobre, lors de son premier grand meeting à Novi Sad depuis deux ans, Vucic a promis que « tout cela prendra fin » dimanche, avec sa réélection. Reste à savoir si les urnes lui donneront raison ou si la colère venue de Novi Sad aura raison de sa longévité politique.
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