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Dans le Maine, le homard rapporte moins que la facture de gazole

Carburant, appâts, amarrage et assurance grimpent pendant que le prix du homard recule. Autour de Portland et de Stonington, des pêcheurs se demandent si…

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Dans le Maine, le homard rapporte moins que la facture de gazole

Carburant, appâts, amarrage et assurance grimpent pendant que le prix du homard recule. Autour de Portland et de Stonington, des pêcheurs se demandent si leur métier tient encore debout.

Avant même de larguer les amarres, Steve Train a déjà une grosse dépense derrière lui. Le pêcheur de 59 ans estime à environ 1 000 dollars la somme engagée avant de partir en mer. Le gazole pèse lourd, avec à peu près 200 dollars par jour et une hausse de 45% sur un an. À cela s’ajoutent trois barils d’appâts à 260 dollars l’unité. Sur son bateau de 11 mètres, le Moira Bay, il travaille avec son frère. Ensemble, ils viennent de débarquer 195 kilos de homards américains à Portland. Une bonne journée, dit-il, mais une bonne journée qui ne suffit plus à effacer la pression.

Les factures ne s’arrêtent pas au carburant. Les frais d’amarrage, l’assurance et l’entretien augmentent aussi. Steve Train pointe les droits de douane et la flambée du gazole, deux coups durs selon lui. Il ne cache pas son peu d’affection pour Donald Trump, qu’il décrit comme un électron libre. Il compte pourtant voter pour la républicaine Susan Collins, candidate à un sixième mandat consécutif, plutôt que pour le démocrate Troy Jackson. Pour lui, Collins a toujours défendu les travailleurs de la mer.

Le décor change aussi sous l’effet du climat. Les eaux de l’Atlantique nord, dans cette zone, se sont réchauffées trois fois plus vite que le reste des océans. Résultat, les pêcheurs doivent aller plus loin, avec des navires plus grands, plus gourmands en carburant et plus exigeants en équipage. La protection des baleines franches complique encore la donne. Ces cétacés passent dans les mêmes parages et peuvent se prendre dans les cordages verticaux qui relient les casiers aux bouées. La Chambre des représentants a voté un gel prolongé des règles de protection. Si ce texte n’est pas adopté au final, les restrictions s’appliqueront et Damian Brady, responsable d’un centre de recherche marine à l’université du Maine, redoute des conséquences dévastatrices pour les pêcheurs.

L’enjeu dépasse quelques bateaux. Un peu moins de 36 000 tonnes de homards ont été pêchées dans le Maine, en baisse sur un an, mais cela représente encore les trois quarts de tout ce qui est pêché dans l’État. À Stonington, port majeur pour cette activité, environ 5 000 tonnes sont débarquées chaque année. Sur les quais balayés par le vent, des hommes en salopettes orange trient les crustacés, réparent les casiers ou préparent leur navire. Alexa Dayton, qui dirige le Centre du Maine pour les pêches côtières, chiffre à 50 millions de dollars l’apport de 350 bateaux à l’économie locale. Elle insiste sur une idée simple. Un tel poids économique ne se remplace pas.

La difficulté tient aussi au prix. Le homard reste un produit haut de gamme, mais l’inflation et le ralentissement économique peuvent freiner les ventes. Surtout, le prix payé aux pêcheurs est au plus bas depuis des années, alors que les coûts restent élevés. Les marges se réduisent. Dans l’industrie, beaucoup se demandent encore si le jeu en vaut la peine. Pour les milliers de foyers qui vivent de cette ressource, la question n’est pas abstraite. Elle se pose chaque matin, avant même que les casiers ne remontent à la surface.

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