Économie
Méthanisation agricole : une bouffée d’oxygène face à la flambée des engrais
Dans un contexte de tensions géopolitiques et de hausse spectaculaire du prix des fertilisants, la production de biométhane s’impose comme une solution de diversification pour les éleveurs, alliant revenu stable et autonomie énergétique.
Au cœur du département de la Haute-Garonne, cinq imposantes cuves en béton trônent désormais dans le paysage de Blajan. Elles abritent un projet collectif porté par une dizaine d’agriculteurs, dont Bertrand Loup, éleveur bovin à l’initiative de cette installation. L’unité, opérationnelle depuis un an, transforme les effluents d’élevage en biométhane, une énergie renouvelable injectée dans le réseau de distribution. Cette initiative intervient alors que le cours des engrais chimiques a grimpé de 30 à 40 % depuis le début du conflit au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz, selon les données du cabinet spécialisé Argus Media.
Le principe repose sur un constat simple : le fumier et le lisier, habituellement stockés en bordure de champ avant épandage, fermentent naturellement et libèrent du méthane. Plutôt que de laisser ce gaz se dissiper dans l’atmosphère, les éleveurs le captent, le purifient et le commercialisent. Pour Bertrand Loup, cette activité représente bien plus qu’un simple complément de revenu. « C’est passionnant, mais il est regrettable de devoir exercer plusieurs métiers pour survivre », confie-t-il, les yeux rivés sur les écrans de contrôle affichant la composition et le volume du gaz produit.
Face à une filière d’élevage fragilisée par une crise des vocations et des perspectives de fermeture de nombreuses exploitations, la méthanisation offre une bouffée d’oxygène. Elle permet de restaurer la rentabilité sans recourir à l’agrandissement des surfaces ou à la disparition des fermes voisines. Le procédé, connu depuis la fin du XVIIIe siècle pour des usages de chauffage, a connu un essor significatif dans les années 2010 grâce à des techniques d’épuration permettant l’injection du biométhane dans les réseaux de gaz. L’État français, y voyant une énergie renouvelable et une alternative au gaz fossile, notamment russe, a soutenu cette dynamique par des subventions et des tarifs d’achat garantis sur quinze ans.
À Blajan, le projet a été bien accueilli par les riverains, mais d’autres unités suscitent des oppositions locales, notamment en raison des craintes liées aux nuisances olfactives, au trafic de camions ou aux risques environnementaux. Pour Cécile Argentin, présidente de France Nature Environnement Occitanie Pyrénées, cette industrialisation de l’élevage répond avant tout à une souffrance économique. « Si les agriculteurs avaient un revenu décent et pouvaient prendre trois semaines de vacances, certains ne se tourneraient pas vers la méthanisation », estime-t-elle.
Pourtant, les éleveurs associés au projet voient dans cette diversification une sécurité. Baptiste Sarraute, 26 ans, qui a repris la ferme familiale en 2020, souligne le principal avantage : le gain de temps. Un employé vient chaque semaine collecter les effluents directement dans les exploitations, libérant les agriculteurs de plusieurs mois de travail consacrés à l’épandage. Dans les cuves de 3 000 mètres cubes, maintenues à une température d’environ 60 degrés Celsius, le fumier, le lisier et l’ensilage sont brassés. Quelque 27 000 tonnes de biomasse sont ainsi traitées chaque année, produisant 20 mégawattheures de biométhane, soit l’équivalent de la consommation de la ville voisine de Saint-Gaudens, forte de 12 000 habitants.
Le digestat, résidu de la fermentation, riche en azote, peut remplacer tout ou partie des engrais chimiques. Une ressource d’autant plus précieuse que le coût des fertilisants a explosé depuis le début des hostilités au Moyen-Orient. Fin 2023, la France comptait 1 911 unités de méthanisation, selon un rapport de la Cour des comptes publié en 2025. Si le rythme des installations a ralenti, Pascal Grouiez, professeur d’économie écologique à l’Université Paris Cité, estime que « l’avenir de la méthanisation n’est pas compromis ». Le gouvernement, de son côté, ambitionne de quadrupler la production de biogaz d’ici à 2030 et de décarboner totalement la consommation de gaz d’ici à 2050. Des objectifs que le chercheur juge inatteignables, mais que Bertrand Loup considère comme une nécessité. « Il faut décarboner. Et si ce n’est pas nous, ce sera Total », conclut-il.
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