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Le recyclage du protoxyde d’azote, un défi environnemental face à l’envolée des consommations

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Dans l’entrepôt de Seine-et-Marne, les bonbonnes métalliques s’amoncellent par milliers. Derrière l’urgence sanitaire, la gestion de ces déchets constitue un casse-tête écologique et financier pour les collectivités.

Le bruit des métaux entrechoqués et des perceuses résonne dans le vaste hangar. Des milliers de cartouches de protoxyde d’azote y sont traitées chaque année. Cédric Nadotti, le directeur de l’entreprise DI services, se souvient du début de l’afflux après la pandémie de Covid. Le flux n’a cessé de croître. Il estime que le volume traité cette année dépassera les six cent mille unités, soit le double de l’année précédente. Un chiffre qui dépasse largement les besoins alimentaires ou médicaux, usage initial de ce gaz.

Détourné de sa fonction première, le protoxyde d’azote est devenu un produit récréatif prisé par les jeunes. Les emballages, souvent colorés et ornés de références à la culture populaire, ne laissent aucun doute sur leur destination. Le recyclage de ces bouteilles représente désormais les deux tiers de l’activité de l’entreprise, installée à une cinquantaine de kilomètres au nord-est de Paris. Six salariés ont été recrutés ces trois dernières années, et deux autres embauches sont prévues d’ici l’été.

Le travail est minutieux. Chaque cartouche est démontée à la main. Le plastique, l’embout et la goupille sont retirés avant de vérifier la pression résiduelle. Le gaz restant, un puissant gaz à effet de serre, est extrait puis incinéré. L’acier, le laiton et le plastique sont séparés et revendus pour être valorisés. Ce processus coûte entre dix et cinquante euros par unité, selon la taille des bonbonnes. Un coût que les collectivités locales peinent à assumer.

Lorsque ces déchets échappent à ce circuit formel, les conséquences sont lourdes. L’an dernier, près d’un million de cartouches ont été jetées dans les ordures ménagères en Île-de-France. Dans les incinérateurs du Syctom, qui traite les déchets de six millions de Franciliens, plus de vingt-cinq mille explosions ont été recensées en 2025, soit environ une toutes les deux heures. Les réparations et les arrêts forcés des fours ont causé un préjudice estimé à quinze millions d’euros par an. Le président du Syctom dénonce une situation intolérable et un gaspillage d’argent public.

La mairie d’Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, a été la première à solliciter DI services face à ces nuisances. Séverine Maroun, première adjointe, décrit une évolution frappante du phénomène. De petites cartouches abandonnées sur un parking en 2019, la collecte est passée à des centaines de bouteilles de plusieurs litres il y a deux ans. L’élue exprime sa colère face à ce qu’elle qualifie de situation ubuesque. Elle déplore l’absence d’interdiction pour un produit jugé dangereux tant sur le plan sanitaire qu’environnemental. Les chiffres du ministère de l’Intérieur confirment l’urgence. Les signalements d’intoxications ont triplé entre 2022 et 2023, et les cas graves ont quadruplé. Dix pour cent des victimes sont mineures.

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