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L’alerte Ebola déclenchée à Goma, ville sous contrôle du M23

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L’Organisation mondiale de la Santé a activé dimanche son deuxième plus haut niveau d’alerte sanitaire internationale face à l’épidémie d’Ebola qui sévit en République démocratique du Congo, après la confirmation d’un premier cas dans la grande cité de Goma, tenue par la rébellion du M23.

L’agence onusienne a pris cette décision alors que le dernier bilan, arrêté samedi par l’agence sanitaire de l’Union africaine, fait état de 88 décès probablement liés au virus sur 336 cas suspects. Le décès d’un Congolais de 59 ans a par ailleurs été signalé en Ouganda voisin. Le foyer principal de l’épidémie se situe dans une zone difficile d’accès, ce qui explique que peu d’échantillons aient pu être analysés en laboratoire et que les chiffres reposent en grande partie sur des cas présumés.

La RDC n’en est pas à son premier affrontement avec le virus Ebola. L’épisode le plus dévastateur avait causé près de 2 300 morts pour 3 500 malades entre 2018 et 2020. Plus récemment, une épidémie survenue entre août et décembre 2025 avait emporté au moins 34 personnes. Le virus provoque une fièvre hémorragique extrêmement contagieuse et demeure redoutable malgré l’existence de vaccins et de traitements récents, qui ne sont toutefois efficaces que contre la souche Zaïre, responsable de la majorité des épidémies recensées. Pour la souche Bundibugyo, à l’origine de l’actuelle flambée, il n’existe ni vaccin ni traitement spécifique, et son taux de létalité est élevé. En un demi-siècle, Ebola a fait plus de 15 000 morts sur le continent africain, avec un taux de mortalité variant entre 25 % et 90 % selon les précédentes épidémies, selon l’OMS.

Le directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a indiqué sur le réseau social X que l’épidémie en cours, déclarée par les autorités sanitaires congolaises et internationales vendredi, constitue une urgence de santé publique de portée internationale sans toutefois répondre aux critères d’une urgence pandémique. Le foyer se trouve dans la province de l’Ituri, dans le nord-est du pays, une région aurifère frontalière de l’Ouganda et du Soudan du Sud, où les mouvements de population sont intenses en raison de l’activité minière. L’accès à certaines parties de cette province, secouée par des violences perpétrées par des groupes armés, reste difficile pour des raisons de sécurité.

Un premier cas de contamination a été confirmé à Goma, grande ville de l’est congolais frontalière du Rwanda, actuellement sous le contrôle du groupe armé antigouvernemental M23. Goma est la capitale de la province du Nord-Kivu, voisine de l’Ituri. L’est de la RDC est en proie à des conflits depuis plus de trente ans, et les violences se sont intensifiées au début de l’année 2025 avec la prise des grandes villes de Goma et Bukavu par le M23, soutenu par l’armée rwandaise, face à des forces congolaises dépassées.

Le Pr Jean-Jacques Muyembe, directeur de l’Institut national de recherche biomédicale à Kinshasa, a précisé à l’AFP qu’il s’agit de l’épouse d’un homme mort du virus Ebola à Bunia, qui a rejoint Goma après le décès de son mari alors qu’elle était contaminée. Selon une source sanitaire locale ayant requis l’anonymat, plusieurs autres proches du défunt à Goma auraient potentiellement contracté le virus après avoir été en contact avec la dépouille.

La frontière entre la RDC et le Rwanda est partiellement fermée depuis dimanche matin, selon une source administrative locale et des journalistes de l’AFP présents sur place. Les flux quotidiens de personnes et de camions à la frontière de Goma sont considérables, de nombreux Congolais et Rwandais la traversant chaque jour pour le commerce. Un commerçant de Goma, Bernard Thimothe, a témoigné auprès de l’AFP s’être vu interdire le passage sans obtenir d’explication. Christophe Kakule, un Congolais résidant à Gisenyi, a quant à lui pu traverser mais craint un retour difficile. Une source gouvernementale rwandaise a confirmé dimanche que seuls les nationaux sont désormais autorisés à franchir la frontière pour regagner leur pays.

Le variant Bundibugyo n’avait provoqué jusqu’à présent que deux épidémies dans le monde, en Ouganda en 2007 avec 42 décès sur 131 cas confirmés, et en RDC en 2012 avec 13 décès sur 38 cas confirmés. Le ministre congolais de la Santé, Samuel-Roger Kamba, a souligné samedi lors d’une conférence de presse que cette souche ne dispose ni de vaccin ni de traitement spécifique et que son taux de létalité peut atteindre 50 %. Selon les autorités sanitaires, le premier cas suspect est un infirmier qui s’est présenté le 24 avril dans un établissement médical de Bunia, capitale de l’Ituri, avec des symptômes d’infection à Ebola.

Il s’agit de la dix-septième épidémie d’Ebola en RDC depuis l’identification de la maladie en 1976, alors que le pays portait le nom de Zaïre. D’autres nations du continent, comme la Guinée et la Sierra Leone, ont également été touchées ces dernières années. La transmission du virus entre humains s’effectue par contact avec les fluides corporels ou le sang d’une personne infectée, vivante ou décédée. Les personnes infectées ne deviennent contagieuses qu’après l’apparition des symptômes, la période d’incubation pouvant s’étendre jusqu’à vingt et un jours.

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