Société
L’armée ukrainienne accélère le développement d’essaims de drones autonomes
Des centaines de drones interconnectés, pilotés par intelligence artificielle et capables d’attaquer sans intervention humaine : l’Ukraine intensifie ses recherches sur cette technologie de pointe pour contrer l’avantage numérique russe.
Quatre ans après le début de l’invasion russe, la mise au point d’essaims de drones constitue l’une des priorités les plus stratégiques de l’industrie de défense ukrainienne. Ce pays, qui se positionne comme un expert mondial de la guerre par drones, cherche à concrétiser un système où des appareils communiquent entre eux et agissent de manière coordonnée sans commandement humain direct.
Lors d’une récente conférence sur l’autonomie des drones organisée à Lviv, Iouri Fedorenko, expert militaire ukrainien, a souligné l’engouement suscité par cette technologie. Ses interlocuteurs lui réclament régulièrement de voir des essaims déjà opérationnels, capables d’accomplir des missions sans intervention humaine. Volodymyr, nom de code « Colt », chef de la coopération civilo-militaire de la 412e brigade ukrainienne, confie que les militaires attendent cette avancée depuis longtemps et que la seule inconnue demeure son calendrier de déploiement.
Des responsables militaires et industriels ukrainiens ont indiqué que des progrès significatifs avaient été réalisés dans ce domaine. D’autres observateurs estiment toutefois que le chemin reste long et que les essaims ne représentent qu’un volet d’une course bien plus vaste vers la guerre autonome.
L’objectif principal de ces systèmes est de permettre à un nombre réduit d’opérateurs de déployer simultanément des dizaines, voire des centaines de drones d’attaque. Cette capacité viserait à submerger les défenses ennemies et à compenser l’infériorité numérique de l’Ukraine face à la Russie. Andriï Lebedenko, commandant en chef adjoint des forces armées ukrainiennes, insiste sur la finalité première de ces développements : préserver la vie des soldats. Il précise que des projets existent déjà, qu’ils gagnent en ampleur et qu’un déploiement massif pourrait intervenir dans les années à venir.
Le ministre de la Défense, Mykhaïlo Fedorov, a plaidé pour l’utilisation de technologies avancées afin de contrer les assauts russes. Il a notamment lancé un centre spécialisé dans l’intelligence artificielle militaire, baptisé « Defense AI Center A1 », chargé d’analyser l’expérience du combat et de déployer des innovations. Danylo Tsvok, directeur de ce centre, confirme que les essaims de drones constituent une priorité de recherche, tout en précisant que de nombreux aspects restent confidentiels en raison des phases de test en cours.
La société Swarmer, fondée en Ukraine et introduite en bourse sur le Nasdaq américain en début d’année, s’est imposée comme un acteur majeur dans ce secteur. Son directeur américain, Alex Fink, indique que son entreprise déploie une technologie d’essaims de drones au combat depuis avril 2024. Ces systèmes peuvent déployer plusieurs appareils de manière autonome dans une zone, après quoi des pilotes humains interviennent pour engager manuellement une cible, ou bien les opérateurs sélectionnent les cibles et les drones effectuent les frappes de manière autonome. M. Fink précise toutefois que la technologie n’en est pas au point de pouvoir prendre des décisions stratégiques ou même tactiques concernant la pertinence d’une cible, et que l’humain doit rester aux commandes.
Lors de la conférence de Lviv, un certain scepticisme s’est également exprimé. Iaroslav Ajniouk, directeur de Fourth Law, une société spécialisée dans l’autonomisation des drones, estime que les essaims sont surestimés et alimentent surtout un récit de science-fiction. Il compare cette technologie au développement d’un logiciel et juge que se concentrer sur les essaims revient à négliger l’ensemble des évolutions du secteur. Pour lui, le développement d’une autonomie totale et massivement extensible des armements constitue le véritable enjeu du XXIe siècle, comparable au programme américain de la bombe atomique. Il met en garde contre les conséquences si des puissances hostiles parvenaient à maîtriser cette technologie en premier.
Moscou a également fait de l’intelligence artificielle et des drones ses priorités militaires. Un rapport d’avril 2026 de l’experte militaire Kateryna Bondar indique que l’armée russe aurait déjà déployé un système sans pilote entièrement autonome au combat. Anton Melnyk, co-fondateur de MITS Capital, une société finançant la défense ukrainienne, résume l’enjeu : soit Kiev et ses partenaires de l’Otan maîtriseront cette technologie en premier, soit l’ennemi y parviendra.
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