Planète
La fièvre de l’or assèche les campagnes turques
Alors que la Turquie s’apprête à accueillir la COP31, l’explosion des permis miniers depuis une loi adoptée en juillet 2025 suscite une vive inquiétude parmi les populations rurales. Entre rivières taries, sols pollués et économies locales menacées, la quête de minerais semble mettre en péril les ressources en eau du pays.
Dans l’ouest de la Turquie, le village de Guney, autrefois réputé pour l’abondance de ses sources, voit ses nappes phréatiques s’épuiser. Vingt ans après l’installation d’une exploitation aurifère à une trentaine de kilomètres, les puits ne donnent plus rien. Un habitant engagé pour la protection de l’environnement, Ugur Sumer, témoigne de ce déclin. Forer à soixante mètres suffisait jadis à trouver de l’eau. Aujourd’hui, même à quatre cents mètres de profondeur, le sol reste sec. Il accuse directement la mine d’avoir vidé la ressource.
Le nombre de concessions de forage et d’extraction, tous minerais confondus, a connu une envolée spectaculaire depuis l’adoption d’une nouvelle législation en juillet 2025. Ce texte, qui simplifie les procédures administratives, a porté le total des permis à 410 000 en 2025. Cette expansion rapide menace les réserves en eau et fragilise les économies rurales, alertent experts et associations environnementales.
Le ministre turc de l’Énergie s’est félicité de cette dynamique, y voyant un levier pour attirer les investissements étrangers. Il a fixé un objectif ambitieux pour la production d’or, visant à la porter de 28 à 100 tonnes par an, sans pour autant, selon ses dires, mettre en danger la santé humaine ou l’environnement. La Turquie ambitionne ainsi de se hisser parmi les cinq premiers producteurs mondiaux de terres rares.
Pourtant, l’extraction de métaux comme l’or nécessite l’utilisation conjointe de grandes quantités d’eau et de cyanure, un procédé aux lourdes conséquences sanitaires et écologiques. Ugur Sumer se souvient d’un épisode marquant survenu en 2006. Après une pluie, près de deux mille habitants de Guney avaient souffert de vertiges, de troubles de la vision et de nausées. Des analyses médicales avaient alors révélé la présence de cyanure dans leur organisme.
L’activité minière affecte également l’élevage et la culture de la vigne, piliers de l’économie locale. Les éleveurs du plateau d’Aybasti, dans la province d’Ordu, au nord-est du pays, sont confrontés à une situation similaire. L’accès aux pâturages a été restreint en raison d’un projet d’exploration aurifère. Nuriye Dilek, une éleveuse de la région, exprime son désarroi face à l’impossibilité de poursuivre son activité. La mobilisation des villageois contre ce projet illustre l’ampleur des craintes.
Dans cette zone, l’agriculture et l’élevage constituent les principales sources de revenus. La noisette, exportée dans le monde entier, est une production clé. Omer Aydin, producteur et exportateur, redoute que l’ouverture de la mine ne rende la culture impossible. Il s’alarme de voir que 80 % des terres d’Ordu ont été ouvertes à l’exploitation minière, selon les informations dont il dispose. Pour lui, la véritable richesse de la région réside dans ses noisettes, non dans les gisements souterrains.
Le centre de lutte contre la désinformation de la présidence turque a toutefois tempéré ces inquiétudes en affirmant que la surface totale des mines en activité ne représente que 0,18 % du territoire national.
Ozer Akdemir, chercheur spécialisé dans les mobilisations environnementales, dénonce une politique qui privilégie les investissements miniers tout en ignorant le coût de la pollution et les risques pour les économies locales. L’hydrologue Erol Kesici confirme que les exploitations minières entraînent une consommation excessive d’eau et l’utilisation de produits chimiques. Il souligne que l’eau n’est pas seulement prélevée mais aussi contaminée. Il pointe du doigt une gestion défaillante, responsable selon lui de l’assèchement des lacs, des cours d’eau et des nappes phréatiques. Il affirme avoir quitté le Conseil national de l’eau, un organisme public, en raison de son inaction.
Kesici explique que le décapage des montagnes pour l’extraction minière crée des îlots de chaleur, réduisant les précipitations et abaissant le niveau des nappes phréatiques. Il s’interroge sur la pertinence d’accorder autant de permis et estime que la Turquie souffre de surexploitation.
Arif Ali Cangi, avocat et défenseur de l’environnement, estime que la loi de juillet 2025 a aggravé la situation en ouvrant les forêts et les terres agricoles aux exploitations minières. Il dénonce l’inefficacité des évaluations d’impact environnemental et des mécanismes de contrôle. Il ajoute que la nationalisation immédiate des terrains ouverts à l’exploitation vise à étouffer les contestations, qui se multiplient dans le pays. Il représente notamment les villageois d’Ikizkoy, dans la province de Mugla, qui luttent pour protéger leurs oliviers menacés par un projet de mine de charbon.
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