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Mayotte sous la menace du chikungunya : un combat inégal face à la précarité
L’épidémie gagne du terrain dans l’archipel, où les conditions de vie précaires et un système de santé fragile compliquent la lutte contre le virus.
Dans les ruelles du quartier informel de Kawéni à Mamoudzou, une équipe de l’Agence régionale de santé arpente les habitations de fortune. Leur mission : identifier les cas suspects de chikungunya et limiter la propagation du virus. Les symptômes ne trompent pas – fièvre, douleurs articulaires –, mais de nombreux habitants renoncent aux soins, faute de moyens ou par habitude de l’automédication. Avec seulement un médecin généraliste pour cinq fois moins d’habitants qu’en métropole, Mayotte affiche un taux de renoncement aux soins de 45 %, bien supérieur à la moyenne nationale.
Les interventions se multiplient depuis l’arrivée du virus en mars, importé de La Réunion où l’épidémie a pris une ampleur historique. Les autorités ont activé le niveau 2B du plan Orsec, avec 205 cas officiellement recensés. Mais sur le terrain, les défis s’accumulent. Les stocks de moustiquaires et de répulsifs sont insuffisants pour couvrir les besoins des familles nombreuses entassées dans des logements précaires. Les équipes sanitaires adaptent leurs distributions, parfois contraintes de limiter à deux moustiquaires par foyer, malgré des habitations abritant jusqu’à six personnes.
La tâche est d’autant plus complexe que le cyclone Chido, qui a frappé l’île en décembre, a dispersé des populations entières, rendant difficile le traçage des foyers contaminés. Les agents peinent à localiser les patients, leurs coordonnées n’étant pas systématiquement mises à jour par l’hôpital. Parallèlement, les coupures d’eau chroniques poussent les habitants à stocker des réserves mal couvertes, créant des gîtes larvaires idéaux pour les moustiques tigres.
L’hôpital de Mayotte, déjà saturé avec seulement 1,4 lit pour 1 000 habitants, pourrait rapidement être submergé en cas de flambée épidémique. Les autorités redoutent un scénario similaire à celui de La Réunion, où plus de 50 000 cas ont été officiellement déclarés depuis janvier. Face à cette menace, les équipes sanitaires multiplient les pulvérisations d’insecticide et les signalements de zones à risque, comme les cours d’eau encombrés de détritus. Mais dans un territoire marqué par la précarité et l’isolement, la bataille contre le chikungunya s’annonce longue et incertaine.
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