Économie
Maracaibo, l’ancienne perle pétrolière assoiffée : la ruée vers les puits privés
Dans cette ville vénézuélienne en crise, l’accès à l’eau potable est devenu un luxe. Face aux réseaux défaillants, habitants et entreprises creusent leurs propres solutions, au prix de risques sanitaires.
Autrefois symbole de prospérité grâce à ses gisements de pétrole, Maracaibo lutte aujourd’hui contre une pénurie d’eau chronique. Les coupures prolongées ont transformé le forage de puits en une industrie florissante, malgré des coûts prohibitifs pour une population dont le salaire moyen ne dépasse pas 200 dollars mensuels.
Les installations publiques, vétustes et mal entretenues, ne suffisent plus à alimenter les foyers. Entre les pompes hors service, les canalisations percées et les réservoirs à sec, les habitants ont appris à compter sur leurs propres ressources. Certains stockent l’eau de pluie, d’autres achètent des citernes mobiles à prix d’or. Mais pour les plus aisés, la solution passe par des puits privés, dont les tarifs oscillent entre 1 000 et 6 000 dollars.
Manuel Palmar, un comptable de 34 ans, se félicite de l’investissement collectif réalisé avec ses voisins il y a quatre ans. Leur puits de 12 mètres de profondeur fournit désormais 80 000 litres hebdomadaires. « Impossible de la boire à cause du sel, mais elle est idéale pour le ménage », précise-t-il, soulagé d’échapper aux factures exorbitantes des camions-citernes.
Cette ruée vers les forages artisanaux inquiète pourtant les autorités. Javier Otero, responsable local des ressources hydriques, alerte sur la multiplication des puits non réglementés, souvent creusés à proximité de sources polluées. « Des familles ingèrent une eau saumâtre sans le savoir », déplore-t-il. Malgré les obligations légales – analyses et autorisations préalables –, beaucoup contournent la réglementation par nécessité.
Cliniques, écoles et même églises rejoignent ce mouvement. Gabriel Delgado, entrepreneur spécialisé, a installé une vingtaine de puits, dont un pour une clinique cardiaque. Il montre fièrement l’eau claire jaillissant du forage familial, loin des écoulements boueux du réseau public. Pourtant, cette apparente limpidité ne garantit pas l’absence de contaminants.
Dans un marché immobilier en crise, la présence d’un puits devient un argument de vente. Les annonces mentionnent systématiquement cette « infrastructure vitale », synonyme d’autonomie dans une ville où l’État peine à remplir ses obligations. Maracaibo, jadis riche de son or noir, se mue en laboratoire de la survie quotidienne.
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