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Économie

Campings sous pression climatique : la course à l’adaptation s’accélère

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Face à la multiplication des inondations, incendies et phénomènes d’érosion, les établissements de plein air français tentent de repenser leurs infrastructures pour survivre aux bouleversements environnementaux.

Sur les bords de la Charente, à Chaniers, le gérant du camping Belle-Rivière n’a pas oublié la montée subite des eaux en février dernier. Cet épisode a frappé la région comme jamais auparavant. Installé depuis 2020, il a déjà connu trois crues majeures, là où son prédécesseur n’en avait subi aucune. Pour lui, le rythme des événements climatiques ne fait plus de doute. Dès les premières inondations, il a repensé entièrement son organisation. Ses hébergements ont été surélevés, déplacés, et construits en matériaux imputrescibles. Il a aussi opté pour des structures hybrides, entre la tente et le mobil-home, qu’il peut remorquer et entreposer ailleurs pendant l’hiver. Malgré ces précautions, les dégâts de février ont été lourds. Une roulotte, deux chalets, une cabane perchée et une guinguette sont aujourd’hui hors d’usage. Pour remettre en état le site, il a embauché deux personnes à temps plein et repoussé l’ouverture d’un mois. Des foodtrucks et un chapiteau ont remplacé la guinguette sinistrée.

Cette situation n’est pas isolée. Sur les 7 400 campings que compte le pays, près de 2 000 se trouvent dans des zones exposées aux submersions, aux incendies, aux inondations ou à l’érosion. Ces établissements concentrent à eux seuls la moitié de la fréquentation nationale. Un quart des campings français est aujourd’hui menacé par les inondations, un cinquième par les feux de forêt. À l’horizon 2050, plus d’une centaine d’entre eux pourraient être directement affectés par le recul du trait de côte. Sur le littoral atlantique, à Soulac-sur-Mer, des bungalows ont dû être déplacés cet hiver, tandis qu’un autre établissement a renforcé les protections de ses mobil-homes les plus exposés. Sur le bassin d’Arcachon, les cinq campings ravagés par les incendies de 2022 pourraient disparaître d’ici une à deux décennies, sous l’effet combiné de l’érosion éolienne et de la progression de la dune du Pilat.

Les projections pour la fin du siècle sont encore plus inquiétantes. Trois départements, la Vendée, la Charente-Maritime et l’Hérault, compteraient chacun plus d’une centaine de campings menacés. Selon la Fédération nationale de l’hôtellerie de plein air, 1 600 établissements ont déjà fermé leurs portes en vingt-cinq ans, avec une accélération notable ces dernières années. Pour son président, l’urgence est d’adapter les infrastructures dès maintenant, en privilégiant des constructions sur pilotis, des étages ou des aménagements intérieurs plus résilients. Mais dans la plupart des cas, la législation actuelle ne permet ni la relocalisation ni les transformations nécessaires. Le rapport de la fédération propose donc la mise en place d’un régime dérogatoire pour faciliter ces adaptations.

Les enjeux économiques sont considérables. Avec plus de 141 millions de nuitées par an, l’hôtellerie de plein air place la France au premier rang européen et au deuxième rang mondial en termes de capacité d’accueil. Perdre ces infrastructures reviendrait à fragiliser tout un pan du tourisme littoral, secteur clé pour de nombreuses régions. Par ailleurs, l’augmentation des sinistres complique l’accès à l’assurance. Le régime d’indemnisation des catastrophes naturelles est lui-même sous tension, comme l’a récemment souligné la Cour des comptes. Les assureurs réduisent leur exposition aux risques prévisibles, et les franchises atteignent parfois des montants prohibitifs. À Chaniers, la franchise du camping s’élève à 200 000 euros, une somme qui pèse lourdement sur la viabilité de l’établissement.

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