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Mali : l’armée et ses alliés russes accusés d’exactions contre les civils

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Des réfugiés maliens en Mauritanie témoignent des violences commises par les forces gouvernementales et les paramilitaires russes, décrivant exécutions, tortures et destructions.

Chérifa, le visage voilé baigné de larmes, évoque la perte de son fils avec une douleur toujours vive. Ce dernier, parti vendre des marchandises à quelques kilomètres de la frontière mauritanienne, a été intercepté avec quatre autres hommes par l’armée malienne et des paramilitaires russes du groupe Africa Corps en août dernier. Des bergers dissimulés dans les environs ont rapporté la scène. Les victimes auraient été ligotées puis décapitées, tandis que leurs biens étaient livrés aux flammes. Personne n’a osé approcher les corps avant le lendemain, par crainte d’un piège ou d’une embuscade. Chérifa, dont l’identité a été modifiée pour sa sécurité, confie n’avoir pas eu la force de contempler une dernière fois la dépouille de son fils, qui n’avait, selon elle, commis aucun acte répréhensible.

Les communautés peules et touareg, souvent accusées par les autorités de Bamako de fournir des recrues aux groupes jihadistes et indépendantistes, sont particulièrement ciblées. Depuis son arrivée au pouvoir en 2020, la junte dirigée par le général Assimi Goïta a rompu avec la France pour se tourner vers la Russie, sollicitant l’appui de la milice Wagner, devenue Africa Corps, désormais rattachée au ministère russe de la Défense. Selon les données de l’ONG Acled, les opérations menées depuis 2020 par les forces officielles maliennes, avec ou sans le soutien des Russes, ont causé plus de 8 500 morts, dont la moitié de civils. Lorsque les paramilitaires russes accompagnent les troupes gouvernementales, la proportion de civils parmi les victimes atteint 60 %, et dépasse 90 % lorsqu’ils agissent seuls.

Nédoune, un réfugié touareg d’une cinquantaine d’années, porte encore les stigmates des sévices subis. Son œil gauche a été opéré, et son corps reste marqué par les douleurs. Il y a deux ans, alors qu’il puisait de l’eau à un puits dans la région de Tombouctou, il a été arrêté par des Russes. Tabassé, ligoté, il a été transporté pendant deux jours dans un véhicule où les militaires raflaient des civils et détruisaient des campements. À travers une fente de son turban, il a vu un Peul battu jusqu’à l’agonie, égorgé puis jeté hors du véhicule. Pendant quatre jours, il a été torturé au camp de Bapho, dans le centre du Mali, à peine nourri de pain et d’eau. Les interrogatoires portaient exclusivement sur les jihadistes. Il a finalement été libéré contre le versement de 310 000 francs CFA, une somme considérable dans ce pays en proie à la pauvreté.

Dans la région désertique du Hodh Chargui, en Mauritanie, quelque 300 000 réfugiés ont trouvé refuge, fuyant les violences qui déchirent le Mali depuis quatorze ans. À Fassala, ville frontalière où affluent ces civils, les équipes de Médecins sans frontières constatent l’ampleur des traumatismes. Psychoses, blessures par balle, fractures, viols d’hommes et de femmes sont monnaie courante. Des personnes auraient même été enterrées vivantes, rapportent les soignants, sans pouvoir attribuer ces actes à des groupes spécifiques. L’afflux s’est intensifié ces derniers mois, alors que le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, affilié à Al Qaïda, imposait des ultimatums à certaines localités, sommant les habitants de fuir sous peine de massacre.

Plusieurs organisations de la société civile, dont la Fédération internationale pour les droits humains, ont récemment saisi la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples. Elles dénoncent des violations présumées impliquant les forces armées maliennes et le groupe Wagner. La situation sécuritaire s’est encore dégradée depuis fin avril, avec des attaques coordonnées d’une ampleur inédite menées contre la junte par les indépendantistes touareg du Front de libération de l’Azawad et les jihadistes du JNIM. La perte de Kidal, bastion des rebelles touareg, a constitué un revers cuisant pour Bamako et ses alliés russes.

Fatimata, une Touareg de 30 ans dont le prénom a été modifié, raconte en pleurant sa fuite après des frappes aériennes sur son village, près de Tombouctou, il y a trois ans. Les femmes restées sur place, dit-elle, ont subi toutes les souffrances possibles, à l’exception de la mort. Certaines auraient été torturées. Avant l’arrivée des Russes, affirme-t-elle, la vie était paisible. Comme de nombreux réfugiés, elle place ses espoirs dans le Front de libération de l’Azawad et rêve de retourner chez elle si les indépendantistes reprennent Tombouctou et les localités environnantes.

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