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L’Europe active son plan de soutien face à la flambée des engrais

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L’Union européenne s’apprête à débloquer des fonds d’urgence pour les agriculteurs, alors que le prix des fertilisants explose sous l’effet des tensions géopolitiques au Moyen-Orient.

Bruxelles doit annoncer ce mardi un ensemble de mesures destinées à enrayer la hausse vertigineuse du coût des engrais, un phénomène aggravé par le déclenchement du conflit au Proche-Orient. Pour accentuer la pression sur les institutions, plusieurs organisations agricoles ont prévu un rassemblement dès le matin devant le Parlement européen à Strasbourg, où la Commission présentera son plan d’action.

La fédération Copa-Cogeca, qui regroupe les principaux syndicats agricoles européens, alerte sur une situation inédite. Les agriculteurs abordent la prochaine campagne d’achat d’engrais dans une incertitude totale, tant sur les prix que sur la disponibilité réelle des produits. Avant le déclenchement des hostilités, près d’un tiers des engrais commercialisés dans le monde transitaient par le détroit d’Ormuz, une voie maritime désormais perturbée.

Depuis la fin février, les prix des fertilisants azotés ont grimpé en flèche en Europe. Ils atteignent aujourd’hui environ 500 euros la tonne, contre quelque 380 euros l’hiver dernier. À cela s’ajoute l’envolée du gazole nécessaire aux tracteurs, qui a déjà contraint de nombreux États à débloquer des aides financières pour alléger la facture des exploitants.

La Commission européenne, qui avait promis des mesures en faveur du monde agricole bien avant cette guerre, se retrouve sous une pression considérable. Le conflit a fait prendre conscience du caractère stratégique du secteur des engrais, relève Tiffanie Stephani, chez Yara, l’un des plus gros producteurs européens. Selon elle, le plan d’action a gagné en importance politique.

À court terme, Bruxelles puisera dans la réserve agricole, un fonds européen dédié aux situations de crise. Il reste environ 200 millions d’euros dans cette enveloppe pour l’année 2026. Les céréaliers sont particulièrement touchés. Gros consommateurs d’engrais, ils accumulent les pertes depuis trois ans, en raison d’une récolte de blé catastrophique en 2024 et d’une année 2025 déjà marquée par des coûts très élevés et un prix du blé sous les 200 euros la tonne en France, confrontée à une concurrence internationale accrue.

Au-delà de l’urgence, l’Union européenne, qui importe 60 % des engrais qu’elle consomme, entend agir sur le long terme en diversifiant ses approvisionnements et en stimulant la production locale. Bruxelles pourrait également assouplir sa réglementation sur les nitrates afin d’autoriser une utilisation accrue du digestat, un résidu issu de la méthanisation des déchets organiques, comme alternative aux engrais chimiques. Cette perspective inquiète les organisations environnementales, redoutant des pollutions des nappes phréatiques.

En revanche, l’exécutif européen n’envisage pas de suspendre la taxe carbone aux frontières sur les engrais, en vigueur depuis le 1er janvier. Ce mécanisme, qui vise à décarboner le secteur et à protéger les producteurs européens, a déjà été adapté, assure une porte-parole, avec une suppression temporaire des droits de douane sur les fertilisants importés hors de Russie et du Bélarus. Remettre en cause cette taxe ouvrirait une brèche dans un dispositif qui concerne également l’acier, l’aluminium, le ciment, l’électricité et l’hydrogène, et désavantagerait les fabricants européens cherchant à augmenter leur production.

Le mécanisme est jugé indispensable pour garantir une concurrence équitable, insiste Tiffanie Stephani. L’Union européenne ne reviendra pas non plus sur la hausse progressive des taxes visant les engrais russes et bélarusses, dans le but de priver Moscou de ressources finançant la guerre en Ukraine.

Face à la dépendance persistante de l’Europe aux importations, l’un des enjeux majeurs reste le développement d’engrais alternatifs bas carbone. Jusqu’à présent, cette ambition s’est heurtée à des coûts de production élevés, notamment en raison du prix de l’énergie. Plusieurs projets ont été abandonnés, à l’image de l’initiative autrichienne Green Ammonia Linz.

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