Monde
Madagascar en proie à une contestation politique d’ampleur
Des milliers de manifestants réclament le départ du président Andry Rajoelina lors de nouveaux rassemblements réprimés par les forces de l’ordre dans la capitale malgache.
La tension est restée palpable lundi dans les artères d’Antananarivo où les forces de sécurité ont eu recours à des gaz lacrymogènes pour contenir des cortèges de jeunes protestataires. Le mouvement, baptisé Gen Z et organisé via les réseaux sociaux, a rassemblé des foules plus importantes que lors des précédentes manifestations, selon des observations sur place. Les participants, vêtus de noir et partis de l’université de la capitale, ont scandé des slogans exigeant la démission du chef de l’État.
Cette mobilisation s’inscrit dans un contexte de mécontentement populaire face aux dysfonctionnements récurrents des services publics, notamment les interruptions d’approvisionnement en eau et en électricité. Les revendications ont cependant rapidement dépassé ces griefs initiaux pour cristalliser une opposition politique frontale. Les manifestants arboraient des banderoles proclamant « Nous voulons vivre, pas survivre », tandis que le mot d’ordre « Rajoelina, dégage » circulait activement sur les plateformes numériques.
Le pouvoir a tenté d’apaiser les esprits en procédant vendredi au limogeage du ministre de l’Énergie. De retour de l’Assemblée générale des Nations unies, le président s’est rendu dimanche dans un quartier populaire pour annoncer sa volonté de « tout corriger » et se rapprocher des citoyens. Ces gestes n’ont pas suffi à désamorcer la crise.
L’arrestation d’un parlementaire d’un parti d’opposition lors des manifestations de lundi a encore accru les tensions. Des élus ont immédiatement réclamé sa libération devant les médias. Près de l’université, les forces de l’ordre ont procédé à plusieurs interpellations tandis qu’elles tentaient d’empêcher un défilé vers le centre-ville.
Le mouvement de protestation, qui s’est étendu à d’autres villes comme Antsiranana, Fianarantsoa et Toamasina, représente la plus importante vague de contestation depuis la période précédant l’élection présidentielle de 2023. Ce scrutin, marqué par une faible participation et boycotté par l’opposition, avait consolidé le retour au pouvoir d’Andry Rajoelina, figure politique controversée qui avait initialement accédé à la présidence en 2009 suite à une transition mouvementée.
La persistance des troubles sociaux intervient dans un pays où près des trois quarts de la population vit sous le seuil de pauvreté, malgré d’importantes ressources naturelles. Madagascar se classe au 140e rang sur 180 pays dans l’indice de perception de la corruption, selon les données internationales.
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