Économie
L’or noir brésilien attise les convoitises en Guyane française


La prospérité pétrolière observée de l’autre côté du fleuve Oyapock suscite un vif débat sur le développement économique du territoire français, remettant en cause l’interdiction d’exploration des hydrocarbures en vigueur depuis 2017.
À Saint-Georges de l’Oyapock, en Guyane, le regard se porte souvent vers la rive opposée. La ville brésilienne d’Oiapoque, distante de seulement quinze minutes en pirogue, connaît une transformation spectaculaire, alimentée par les activités d’exploration pétrolière de la compagnie nationale Petrobras au large de ses côtes. Cette effervescence contraste fortement avec le calme relatif de la commune française, où les commerces et les services restent limités. Les habitants de Saint-Georges constatent quotidiennement cet écart de dynamisme, certains se rendant régulièrement au Brésil pour leurs achats ou leurs loisirs, leur propre ville servant parfois de simple point de stationnement.
Cette situation alimente une réflexion politique d’envergure. Une proposition de loi, actuellement examinée au Sénat, vise à autoriser à nouveau la recherche et l’exploitation d’hydrocarbures dans les départements et régions d’outre-mer. Ses partisans, parmi lesquels figurent plusieurs élus locaux, estiment que cette levée de l’interdiction pourrait constituer un levier de développement économique majeur pour la Guyane. Ils invoquent l’exemple des investissements massifs réalisés dans les pays voisins, comme le Suriname, et suggèrent que les recettes fiscales générées pourraient financer des projets d’autonomie et d’infrastructures, telle qu’une raffinerie aux normes européennes.
Le débat dépasse les frontières guyanaises et révèle des tensions au sein même de la classe politique nationale. Certains parlementaires dénoncent un « sentiment d’injustice » et accusent la législation métropolitaine de freiner le développement ultramarin en privant ces territoires d’opportunités économiques dont bénéficient leurs voisins. Le rapporteur sénatorial de la proposition de loi a récemment souligné la nécessité de comprendre les aspirations des populations locales face à ces disparités régionales.
Cette initiative législative rencontre cependant une opposition ferme de la part d’organisations environnementales. Plusieurs associations, dont Greenpeace France et le Réseau Action Climat, dénoncent un « contresens climatique » et un « risque environnemental majeur », jugeant irresponsable de présenter les énergies fossiles comme une solution aux difficultés socio-économiques. Elles rappellent que la loi de 2017, dite « loi Hulot », avait précisément pour objectif d’aligner la politique française sur ses engagements climatiques en interdisant tout nouveau permis d’exploration.
Un récent incident technique survenu sur le site de forage de Petrobras au large d’Oiapoque, ayant entraîné une fuite de fluide, est venu illustrer les risques pointés par les défenseurs de l’environnement. Si la compagnie brésilienne a assuré que l’incident ne présentait pas de danger, il alimente les craintes concernant les impacts potentiels d’une telle industrie sur des écosystèmes sensibles. Le débat se poursuit donc, tiraillé entre les impératifs de développement local et les exigences de la transition écologique.





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