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L’Europe refuse d’endosser le costume de médiateur impartial entre Kiev et Moscou

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La haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères, Kaja Kallas, a exclu jeudi toute neutralité européenne dans le conflit ukrainien, alors que les Vingt-Sept s’interrogent sur l’opportunité d’un dialogue direct avec le Kremlin.

« Une chose est parfaitement limpide : l’Europe ne saurait être un intermédiaire neutre entre la Russie et l’Ukraine, car nous nous rangeons aux côtés de Kiev et nous défendons nos propres intérêts vitaux en matière de sécurité », a déclaré Kaja Kallas à l’issue d’une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE à Limassol, à Chypre. La question d’une reprise des échanges avec Moscou gagne en intensité depuis que la médiation américaine se heurte à une impasse et que l’attention du président Donald Trump se concentre sur l’Iran. Des noms circulent déjà pour désigner un éventuel négociateur européen.

« Je perçois là un piège dans lequel la Russie souhaite nous enfermer, en nous poussant à discuter de qui doit converser avec elle », a mis en garde Mme Kallas. « Ne tombons pas dans ce travers. Une négociation est toujours une œuvre collective », a-t-elle souligné, insistant sur la nécessité d’élaborer d’abord une « stratégie ». « Il est bien plus essentiel d’être véritablement préparé sur les sujets que nous souhaitons aborder », a-t-elle martelé, ajoutant que la réunion de Limassol avait été « positive » à cet égard.

Les ministres ont mené « des échanges très approfondis sur les concessions que l’Europe devrait exiger de Moscou et sur nos lignes rouges », a-t-elle affirmé. Parmi ces exigences figurent l’instauration d’un cessez-le-feu avant l’ouverture de pourparlers, « ce qui a été souligné à Chypre », le refus de reconnaître la souveraineté russe sur les territoires conquis, et la garantie que Moscou soit tenu responsable de ses crimes. « S’il existe des restrictions pour l’armée ukrainienne, il doit également y en avoir pour la Russie », a-t-elle encore insisté.

L’Ukraine presse l’Europe, jusqu’ici reléguée au second plan par Washington, de s’engager davantage. Mais pour la cheffe de la diplomatie européenne, Kiev attend avant tout un « soutien » des Européens pour rééquilibrer des discussions où, selon elle, l’Ukraine a consenti « toutes les concessions ». « Nous ne pouvons donc pas véritablement être des médiateurs, car nous défendons les intérêts de l’Europe et ceux de l’Ukraine », a-t-elle expliqué.

Pour plusieurs autres ministres, la question d’une médiation est de toute façon prématurée. Il convient d’abord de contraindre le président russe à s’asseoir à la table des négociations, pour y discuter de bonne foi d’une paix juste et durable. « Ce n’est pas le moment de débattre de qui dirigera les négociations, nous devons discuter de ce que nous faisons pour accroître la pression sur la Russie », a déclaré le chef de la diplomatie lituanienne, Kestutis Budrys. Le Kremlin, désormais sur la défensive, cherche simplement à gagner du temps, a renchéri son homologue estonien Margus Tsahkna.

Vladimir Poutine s’est immiscé dans le débat en suggérant le 9 mai que l’Europe choisisse comme médiateur son allié de longue date, l’ancien chancelier allemand Gerhard Schröder. Une perspective rapidement écartée par les Vingt-Sept. Mme Kallas, ancienne Première ministre estonienne, ne s’oppose pas à jouer un rôle si l’UE devait finalement désigner son représentant, se jugeant capable de déjouer les « pièges » du Kremlin. Une majorité des Vingt-Sept, a-t-elle dit, est favorable à une participation au niveau de l’UE, plutôt que de ses États membres. Mais l’essentiel, a-t-elle ajouté, est que Moscou et Kiev se parlent. « Au bout du compte, ce sont eux qui doivent s’asseoir ensemble pour traiter ces questions sur lesquelles ils sont les seuls à pouvoir trancher. »

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