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L’Europe face au risque d’une médiation orchestrée par Moscou

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Alors que les discussions s’intensifient sur l’éventualité d’une médiation européenne dans le conflit ukrainien, la cheffe de la diplomatie de l’Union européenne met en garde contre un piège tendu par le Kremlin. Kaja Kallas appelle les Vingt-Sept à définir une stratégie commune avant toute initiative de dialogue avec la Russie.

Les capitales européennes s’interrogent sur l’opportunité d’ouvrir un canal de négociation avec Moscou, alors que l’attention américaine se détourne vers l’Iran et que Vladimir Poutine semble en position de faiblesse. Des noms circulent déjà pour désigner un éventuel représentant de l’UE chargé de mener ces pourparlers. Mais Kaja Kallas, haute représentante pour les Affaires étrangères, a vivement mis en garde contre cette approche lors d’une réunion informelle des ministres des Affaires étrangères à Limassol, à Chypre. Selon elle, la Russie cherche à diviser les Européens en les faisant s’interroger sur l’identité de l’interlocuteur plutôt que sur le fond des discussions. Une négociation ne peut être qu’un travail collectif, a-t-elle souligné, appelant à définir d’abord une stratégie cohérente.

Ce débat sur une reprise de contact avec Moscou s’est accéléré alors que la médiation américaine entre Kiev et la Russie se heurte à une impasse. L’Ukraine, de son côté, presse l’Europe de jouer un rôle plus actif, après avoir été longtemps reléguée au second plan par Washington. La ministre autrichienne des Affaires étrangères, Beate Meinl-Reisinger, a estimé que Kiev attendait précisément que l’Union européenne se prépare dès maintenant à intervenir. Mais plusieurs de ses homologues estiment que la priorité n’est pas là. Le chef de la diplomatie lituanienne, Kestutis Budrys, a ainsi jugé qu’il ne s’agissait pas de déterminer qui mènera les négociations, mais plutôt d’accroître la pression sur la Russie pour l’obliger à s’engager de bonne foi dans des discussions en vue d’une paix juste et durable.

Le Kremlin, désormais sur la défensive, chercherait simplement à gagner du temps, a renchéri le ministre estonien Margus Tsahkna. Vladimir Poutine s’est d’ailleurs invité dans le débat en suggérant que l’Europe choisisse comme médiateur l’ancien chancelier allemand Gerhard Schröder, un allié de longue date. Cette proposition a été rapidement écartée par les Vingt-Sept. Kaja Kallas, ancienne Première ministre estonienne et farouche opposante au président russe, s’est dite prête à assumer ce rôle, estimant qu’elle saurait déjouer les pièges tendus par Moscou. Mais son profil suscite des réserves parmi les diplomates européens, qui jugent son positionnement trop marqué.

Avant de désigner un interlocuteur, il est surtout essentiel de définir le contenu des discussions, a insisté la cheffe de la diplomatie européenne. Cette réunion chypriote constitue le cadre approprié pour aborder les intérêts fondamentaux et les demandes essentielles que l’UE doit présenter à la Russie. Kaja Kallas plaide depuis plusieurs mois pour l’établissement de lignes rouges avant tout dialogue, notamment l’exigence d’un cessez-le-feu préalable, le refus de reconnaître la souveraineté russe sur les territoires conquis et la garantie que Moscou soit tenu responsable de ses crimes. Les discussions à Chypre ne devraient toutefois pas aboutir à une position définitive de l’UE ni à un nom pour parler à Vladimir Poutine. Si le représentant ne peut être choisi parmi les plus hauts responsables de l’Union, il devrait alors s’agir d’un chef d’État d’un pays membre. Le président finlandais Alexander Stubb, qui entretient de bonnes relations avec Donald Trump, a manifesté son intérêt pour ce rôle. La ministre finlandaise des Affaires étrangères, Elina Valtonen, a jugé qu’il était certainement très qualifié, mais que la question centrale demeure celle de la manière de mettre fin à la guerre.

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