Monde
L’estonien à l’école, un défi pour la communauté russophone

_**La réforme linguistique en Estonie, qui impose progressivement l’estonien comme langue d’enseignement, suscite des inquiétudes parmi les familles russophones, notamment dans la ville frontalière de Narva.**_
La mise en œuvre de cette politique éducative, initiée après l’invasion de l’Ukraine par la Russie et définitivement adoptée en 2022, transforme le quotidien scolaire de milliers d’élèves. Pour les autorités estoniennes, cette mesure vise à renforcer la cohésion nationale et à mettre un terme à une forme de ségrégation linguistique héritée de l’époque soviétique. Le ministère de l’Éducation estime qu’une société unie passe par l’usage d’une langue commune.
À Narva, où la quasi-totalité de la population est de langue maternelle russe, l’application de la réforme se heurte à des difficultés concrètes. De nombreux parents rapportent que leurs enfants, habitués à un enseignement exclusivement en russe, éprouvent un profond désarroi face à des cours désormais dispensés en estonien. Certains élèves rentreraient même en larmes, exprimant une réticence à se rendre en classe. Les familles craignent un décrochage scolaire, notamment dans des matières fondamentales où la barrière linguistique complique l’assimilation des connaissances.
Si certains enseignants et responsables scolaires reconnaissent les obstacles, ils appellent à la patience, soulignant que l’apprentissage d’une nouvelle langue est un processus long. Une directrice d’école d’origine russe affirme que les progrès, bien que graduels, finiront par se manifester. Le ministère de l’Éducation abonde dans ce sens, concédant qu’une transition d’une telle ampleur nécessite du temps pour porter ses fruits.
Toutefois, des voix critiques s’élèvent pour dénoncer le rythme jugé trop rapide de cette réforme. D’anciens élus locaux, notamment à Narva, estiment que la méthode employée risque de créer une « génération perdue » d’élèves russophones, potentiellement désavantagés sur le marché du travail. Ils préconisaient une approche plus progressive, combinant un enseignement principal en russe avec un apprentissage renforcé de l’estonien.
Les inquiétudes sont particulièrement vives pour les enfants présentant des besoins éducatifs spécifiques, dont les parents redoutent qu’ils ne soient tout simplement laissés de côté. La question dépasse ainsi le cadre strictement pédagogique pour toucher à l’intégration sociale et professionnelle future d’une partie de la jeunesse du pays.

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