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Les garde-fous d’Instagram étaient voués à l’échec, selon un ex-Meta

Arturo Bejar a témoigné dans le procès que des Etats américains intentent à Meta. Il décrit des outils de protection inefficaces et une entreprise obsédée…

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Les garde-fous d'Instagram étaient voués à l'échec, selon un ex-Meta

Arturo Bejar a témoigné dans le procès que des Etats américains intentent à Meta. Il décrit des outils de protection inefficaces et une entreprise obsédée par le temps passé en ligne

Des Etats américains poursuivent Meta devant la justice fédérale d’Oakland. Ils l’accusent d’avoir minimisé les risques de ses réseaux sociaux pour les adolescents. Leur premier témoin s’appelle Arturo Bejar. Cet ancien ingénieur, passé par Facebook entre 2009 et 2015 puis consultant de 2019 à 2021, a affirmé que certaines protections censées aider les jeunes étaient pensées pour rater leur cible. Meta a tout tenté pour éviter sa comparution. La juge a balayé cette manœuvre et qualifié le témoin de solide.

Arturo Bejar a décrit des fonctionnalités comme le rappel « faire une pause » ou le « mode silencieux ». Selon lui, elles laissent tout le poids de la décision à l’utilisateur. Une logique absurde, compare-t-il. Cela revient à demander à un conducteur d’activer lui-même son airbag à chaque trajet. Résultat, presque personne ne les active. Un outil vraiment efficace bloquerait l’accès pendant quinze minutes, montrerait le temps d’écran et aiderait l’ado à se fixer une limite. Mais l’entreprise misait plutôt sur des notifications conçues pour attirer les gens. Leur but, faire rester les utilisateurs et générer des revenus, pas protéger leur santé mentale.

L’accusation a aussi mis en avant un courriel envoyé par Arturo Bejar à Mark Zuckerberg et trois autres dirigeants, le 5 octobre 2021. Ce jour-là, Frances Haugen, la lanceuse d’alerte à l’origine des Facebook Files, témoignait devant le Sénat. Dans son message, l’ingénieur expliquait que près de la moitié des utilisateurs d’Instagram disaient vivre une expérience négative dans la semaine. Sur 10 000 personnes concernées, une centaine faisait un signalement. Seules deux obtenaient le retrait du contenu. Un taux minuscule de 0,02 %. Mark Zuckerberg ne lui a jamais répondu.

Arturo Bejar a raconté comment la boîte mesurait les performances des équipes sur le nombre d’utilisateurs et le temps passé. La sécurité passait toujours après. En 2021, Mark Zuckerberg affirmait pourtant en public que le profit n’était pas privilégié sur la sécurité. Un démenti qui a fait réagir le témoin pour la première fois. Il a souligné que quand le patron décide qu’un dossier devient prioritaire, les choses bougent vite. La défense de Meta a tenté de limiter la portée de ses déclarations en le renvoyant à ses premières années chez Facebook. Arturo Bejar a reconnu qu’à cette époque, il avait les moyens et le soutien de la direction. Il a même défendu le groupe en 2018 et travaillé avec son service de presse.

De son côté, Meta continue de nier tout mensonge. Le groupe dit avoir admis publiquement qu’un usage problématique pouvait exister chez certains jeunes. Mais il estime que la preuve d’un lien scientifique entre addiction et conception des plateformes n’est pas faite. Les huit jurés donneront un avis consultatif à l’automne. La juge, qui a déjà eu à faire à Apple et Elon Musk, tranchera ensuite seule. Derrière, il y a une facture potentielle de près de 200 milliards de dollars. Une coalition de 29 procureurs généraux, menée par la Californie, le New Jersey, le Colorado et le Kentucky, porte la demande.

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