Monde
Le retour des captifs, entre étreintes et silences

Dans le froid d’un hôpital ukrainien, des familles ont accueilli des combattants libérés après un échange avec la Russie. Derrière les retrouvailles, l’attente douloureuse de ceux qui restent sans nouvelles.
Un message officiel a mis fin à plus de deux années d’incertitude. Ivan Roman a appris ce jeudi que son fils, fait prisonnier en novembre 2022 près de Vougledar, figurait parmi les militaires rendus à l’Ukraine. Malgré le froid mordant et une attente interminable, rien n’a pu entamer le soulagement du père. « Il revient ! », s’est-il exclamé au téléphone avant de partager sa joie avec les médias présents sur les lieux. Cet échange, le premier depuis plusieurs mois, a permis le rapatriement de cent cinquante-sept personnes de chaque côté.
La scène se déroulait devant un établissement hospitalier tenu secret, où des proches s’étaient rassemblés depuis l’aube. Parmi eux, Olga Kourk-Malaïeva, vingt-six ans, serrait contre elle un drapeau du corps d’armée de son époux. Elle n’avait plus revu ce marin du 501e bataillon depuis sa capture à Marioupol, il y a près de quatre ans. Submergée par l’émotion, elle peinait à contenir ses larmes et son souffle se faisait court à l’approche du moment décisif.
À la nuit tombée, trois autocars sont finalement apparus. Derrière les vitres, on distinguait des visages marqués par l’épreuve. Dans la pénombre et la neige, la foule s’est pressée pour former une haie d’accueil. Après un bref moment de confusion, Olga a réussi à se frayer un chemin jusqu’à la portière du véhicule. Elle a étreint son mari dès qu’il a posé le pied à terre, scellant leurs retrouvailles par un baiser attendu depuis des années.
Mais au milieu des acclamations et des « bienvenue » lancés aux libérés, d’autres voix se sont élevées, portant des noms et des prénoms. Des mères, des épouses et des pères, toujours sans nouvelles de leurs disparus, espéraient obtenir un indice, une reconnaissance de la part des anciens captifs. Ils brandissaient des photographies contre les vitres de l’hôpital où les hommes venaient d’être conduits pour des examens médicaux. Parfois, un regard se posait sur ces portraits, suivi d’un signe de dénégation.
Les libérés ont rapidement été dirigés vers l’intérieur des bâtiments, laissant derrière eux un mélange de joie intense et de quête inassouvie. Pour certaines familles, l’attente se poursuit, sans la promesse d’un message libérateur. Cet échange, bien que significatif, n’a apporté de réponse qu’à une partie des interrogations qui hantent depuis des mois les proches des soldats portés disparus.

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