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Le rappeur qui gouverne le Népal en mode silence radio

Arrivé au pouvoir sur un raz-de-marée de colère jeune, Balendra Shah a déjà fait trembler l’ancienne élite. Mais son mutisme et ses réformes express…

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Le rappeur qui gouverne le Népal en mode silence radio

Arrivé au pouvoir sur un raz-de-marée de colère jeune, Balendra Shah a déjà fait trembler l’ancienne élite. Mais son mutisme et ses réformes express sèment le doute.

Il y a cent jours, le Népal basculait. Un ancien rappeur de 36 ans, ex-maire de Katmandou, remportait les élections législatives de façon écrasante. Personne ne l’avait vu venir, sauf la Génération Z. Lassés par la corruption et le chômage, les jeunes avaient fait tomber le gouvernement six mois plus tôt. Et ils ont porté Balendra Shah au sommet. Dès le lendemain de son investiture, le Premier ministre a frappé fort. Son prédécesseur, KP Sharma Oli, a été arrêté et interrogé pendant dix jours sur son rôle dans la répression des manifestations de septembre 2025, qui ont fait au moins 76 morts et plus de 2 600 blessés. Dans la foulée, l’équipe de Shah a dévoilé une liste de cent engagements : réforme de la gouvernance, lutte anti-corruption, éducation, santé, économie. Le gouvernement, a-t-il promis, est « lancé à pleine vitesse sur une autoroute » et ne freinera qu’à destination.

Mais cette course effrénée inquiète. Oli a été relâché sans aucun poursuite pour l’instant, ce qui laisse un goût amer aux proches des victimes. « Il a répondu aux exigences des manifestants, mais beaucoup reste à faire pour que justice soit rendue », glisse l’un d’eux. Le gouvernement assure avoir déjà réalisé deux tiers de ses réformes. L’opposition, elle, juge le travail « très faible, immature et controversé ». Et au-delà des résultats, c’est le style qui déroute. Shah ne parle presque jamais en public. Pas un discours officiel, pas une interview. Seul un clip de rap posté sur les réseaux sociaux à la veille de son entrée en fonction. « En trois mois, nous n’avons presque rien appris sur l’homme que nous avons élu », regrette un journaliste. Même sur la scène internationale, le Premier ministre brille par son absence, envoyant son chef de parti ou son ministre des Affaires étrangères aux rendez-vous. Il a promis de ne pas quitter le Népal pendant un an, pour se concentrer sur le pays.

Ses méthodes aussi surprennent. Malgré une majorité écrasante au Parlement, il préfère gouverner par ordonnances, pour aller plus vite, dit-il. Mais des voix s’élèvent. « C’est bien de vouloir des résultats, mais si les réformes ne sont pas faites dans les règles, elles ne tiendront pas », prévient un jeune manifestant. Deux décisions en particulier font grincer des dents. La première : autoriser le Conseil constitutionnel à prendre des décisions, y compris les nominations de juges, à la majorité simple. Un risque pour l’indépendance de la justice, selon des experts. La seconde : l’envoi de bulldozers pour détruire des bidonvilles à Katmandou et expulser leurs habitants, une opération jugée brutale par des ONG. Pour l’instant, le gouvernement a bénéficié de la bienveillance des Népalais pendant ces cent premiers jours. Mais les critiques commencent à pointer. Et le silence de Balendra Shah devient de plus en plus assourdissant.

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