Planète
Le lac Suwa, un sanctuaire shintoïste face à la disparition de son hiver

Au cœur des Alpes japonaises, un rituel séculaire lié au gel d’un lac devient l’indicateur silencieux d’une transformation climatique profonde, menaçant une tradition spirituelle et une archive scientifique unique.
À l’aube, dans le froid mordant de la préfecture de Nagano, un petit groupe se rassemble sur les rives du lac Suwa. Leur quête, menée par le prêtre shinto Kiyoshi Miyasaka, est immuable. Chaque hiver depuis des siècles, des gardiens du sanctuaire voisin de Yatsurugi scrutent la surface de l’eau à la recherche d’un phénomène nommé « Miwatari », la « Traversée du dieu ». Cette crête de glace, qui évoque l’échine d’un dragon, se forme lorsque le lac gèle entièrement et que la glace se fissure sous l’effet des écarts de température. Sa manifestation annonçait jadis la visite d’une divinité à son épouse, selon la croyance locale.
Aujourd’hui, cette apparition se fait de plus en plus rare. Les archives tenues méticuleusement depuis 1443, et de manière ininterrompue depuis 1683, en attestent. Alors que le phénomène survenait presque chaque hiver jusqu’aux années 1980, il est absent depuis huit saisons consécutives, égalant un record datant du XVIe siècle. Pour les fidèles comme pour les scientifiques, cette raréfaction est un signal sans équivoque. La formation de « Miwatari » nécessite en effet un gel complet et durable, condition qui exige plusieurs jours consécutifs à des températures inférieures à moins dix degrés Celsius, un seuil de moins en moins souvent atteint.
Ces registres ancestraux constituent une source de données climatiques d’une valeur inestimable pour la communauté scientifique internationale. Ils offrent une série d’observations homogènes sur plusieurs siècles en un même lieu, un cas unique au monde. Les chercheurs y voient une preuve tangible de l’évolution du climat. Le professeur Takehiko Mikami, qui a étudié le phénomène, souligne que la longue absence actuelle suggère une accélération du réchauffement. Il craint que, si la tendance se poursuit, la « Traversée du dieu » ne devienne à jamais un souvenir.
Pour le prêtre Miyasaka, qui n’a pu célébrer le rituel sacré sur la glace que onze fois en plus de quarante ans de service, cette disparition progressive est une épreuve. Le lac, autrefois régulièrement pris par les glaces, reste désormais le plus souvent une « mer ouverte » durant l’hiver. La cérémonie, qui scellait la communion entre les hommes et les kami, les divinités shinto, perd ainsi son support physique. La fonte précoce observée fin janvier dernier, après un bref espoir de gel, est venue rappeler la fragilité de cette tradition face aux bouleversements en cours. Le lac Suwa, miroir des croyances et du climat, enregistre ainsi, année après année, la transformation silencieuse d’un monde.

PolitiqueEn Ligne 4 joursHollande recadre le débat sur les violences et refuse de tout imputer à LFI
PolitiqueEn Ligne 6 joursVinted, eBay et Leboncoin sous pression après les pillages du week-end
SociétéEn Ligne 4 joursÀ Ulm, le blocage devient une école de la critique
PolitiqueEn Ligne 6 joursAprès les violences, le RN veut incarner l’ordre
SociétéEn Ligne 5 joursLa CFDT réclame cent euros de plus pour tous et dénonce dix ans de verticalité
SociétéEn Ligne 5 joursLes livreurs veulent pouvoir échapper aux manifs sans perdre leur paie
PolitiqueEn Ligne 7 joursÀ Limoges, une marche après l’incendie de la mairie et des accusations qui fusent
PolitiqueEn Ligne 5 joursUltragauche, extrême gauche radicale et jeunes des quartiers, une alliance inédite dans les violences
















