Société
Le dernier périple des drakkars millénaires


Trois navires vikings entament une périlleuse translation muséale à Oslo, ultime voyage pour ces fragiles témoins de l’histoire maritime scandinave.
L’Oseberg, embarcation vieille de douze siècles, a entamé mercredi sa lente procession aérienne vers sa nouvelle demeure. Ce trésor archéologique norvégien, aux fragiles flancs de chêne, effectue un transfert d’une précision inédite sur une distance de cent mètres. Suspendu à une grue spécialisée se déplaçant sur rail, le navire progresse à raison de cinq centimètres par minute, enveloppé dans une structure de protection métallique sur mesure.
Cette opération exceptionnelle marque le début du déménagement des trois principaux bateaux vikings conservés en Norvège. L’Oseberg, le Gokstad et le Tune quittent leur écrin datant de 1926, jugé inadapté à leur préservation à long terme. Les conditions d’humidité et les vibrations menaçaient l’intégrité structurelle de ces pièces uniques, construites entre le IXe et le Xe siècle.
Le transfert vers le nouveau bâtiment climatisé représente un défi technique majeur. Les équipes ont recours à des compétences issues des industries pétrolières offshore, habituées aux manipulations de précision en milieu extrême. Le niveau d’exigence dépasse cependant celui requis pour l’installation d’équipements hospitaliers de haute technologie, tant la sensibilité aux vibrations est critique pour ces coques millénaires à clin.
Chaque navire possède ses caractéristiques distinctives. L’Oseberg, le plus ancien et le mieux conservé au monde, arbore des sculptures complexes témoignant du savoir-faire artistique viking. Le Gokstad, avec ses 23 mètres de longueur, pouvait accueillir 32 rameurs. Le Tune, bien que plus dégradé, serait quant à lui un bâtiment militaire rapide. Contrairement à une idée reçue, aucun ne correspond au terme « drakkar », considéré comme une invention française du XIXe siècle sans fondement historique.
Le nouveau Musée de l’Âge viking, dont l’ouverture est prévue pour 2027, offrira des conditions de conservation stabilisées pour les cent prochaines années. Cette translation muséale s’effectuera par étapes jusqu’en 2026, marquant la fin du voyage terrestre pour ces embarcations ayant sillonné les mers nordiques il y a plus d’un millénaire.





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