Économie
Le Brésil consacre l’açaï pour protéger son patrimoine amazonien


_**Face aux convoitises internationales sur les ressources biologiques de l’Amazonie, Brasilia a inscrit dans la loi le statut de « fruit national » pour l’açaï, une mesure avant tout symbolique visant à affirmer sa souverainté sur ce superaliment mondialisé.**_
Cette petite baie violette, aliment de base des communautés amazoniennes depuis des siècles, a connu une renommée planétaire au tournant des années 2000, transformée en bowl vitaminé ou en sorbet. Sa popularité́ repose sur sa saveur distinctive et ses propriétés antioxydantes, qui ont attiré l’attention des industries agroalimentaire et cosmétique. Cette notoriété s’accompagne cependant d’un intérêt commercial croissant pour les ressources génétiques de la forêt, suscitant des craintes de biopiraterie, c’est-à-dire l’exploitation sans autorisation ni juste contrepartie.
L’adoption de cette loi, dont le projet remonte à 2011, vise à présenter l’açaï comme un produit authentiquement brésilien et à souligner son importance économique pour des milliers de familles de la région. Elle intervient dans un contexte où plusieurs cas d’appropriation ont marqué les esprits. Des entreprises étrangères ont en effet déposé, par le passé, des marques commerciales sur les noms « açaï » ou « cupuaçu », un fruit apparenté au cacao, obligeant le Brésil à engager de longues procédures pour les faire annuler.
Pour les observateurs, le texte a une portée principalement politique et culturelle. Il sert à mettre en lumière les défis posés par la valorisation internationale des espèces endémiques. Le pays, qui abrite l’une des biodiversités les plus riches au monde, est confronté à un risque considérable de voir ses ressources utilisées et brevetées à l’étranger, sans que les retombées ne bénéficient à son territoire. Des brevets ont déjà été déposés à l’international pour des applications spécifiques des principes actifs de l’açaï.
Cette démarche législative souligne, selon les acteurs du secteur, la nécessité de définir un cadre clair garantissant un partage équitable des avantages tirés de ces ressources. Le Brésil est signataire du Protocole de Nagoya, un traité international sur ce sujet, mais celui-ci est aujourd’hui mis à l’épreuve par les avancées scientifiques. La numérisation des séquences ADN permet en effet des recherches sans prélèvement physique, contournant ainsi les règles établies.
Le défi principal identifié par les experts réside dans le modèle économique actuel. Les matières premières, comme la pulpe d’açaï, sont souvent exportées brutes. La recherche et le développement de produits à haute valeur ajoutée sont ensuite réalisés à l’étranger. La priorité, pour de nombreux spécialistes, serait donc d’investir massivement dans l’innovation scientifique et technologique au cœur de l’Amazonie, afin d’y capter localement une plus grande part de la richesse générée par son incomparable patrimoine naturel.





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