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La Paz étranglée par les barrages : l’agonie silencieuse des hôpitaux

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Dans la capitale administrative bolivienne, l’approvisionnement en oxygène et en médicaments devient critique après des semaines de mobilisations sociales. Les patients et leurs familles vivent un calvaire quotidien pour accéder aux soins.

À l’hôpital public Clinicas de La Paz, l’un des plus anciens et des plus vastes du pays, la pénurie d’oxygène médical atteint un seuil alarmant. Le neurochirurgien Enrique Coritza, responsable du bloc opératoire, confie que les réserves actuelles ne permettront de tenir que quelques jours encore. « À partir de jeudi, vendredi ou samedi, nous ignorons dans quelle situation nous nous trouverons », prévient-il. Christian Calle, qui supervise la pharmacie de l’établissement, déplore que « les livraisons d’oxygène » ne suffisent pas à couvrir « les besoins de l’hôpital ».

Depuis le début du mois de mai, ouvriers, paysans, enseignants et transporteurs bloquent les principaux axes routiers du pays. Ils réclament au président de centre droit Rodrigo Paz, arrivé au pouvoir il y a six mois, des mesures pour faire face à la pire crise économique depuis quarante ans. De nombreux secteurs exigent désormais son départ. Les barrages sont particulièrement sévères à El Alto et à La Paz, siège du gouvernement, où les pénuries de médicaments, de denrées alimentaires et d’essence se font sentir, tandis que les prix s’envolent.

Dans un hôpital de La Paz, Zulma Hinojosa veille avec angoisse son fils de 13 ans, asthmatique et atteint de problèmes cardiaques. Cette mère de famille de 44 ans fond en larmes en évoquant les obstacles rencontrés pour se procurer des médicaments et se déplacer avec son enfant depuis El Alto, cité voisine perchée à 4 150 mètres d’altitude. Son garçon, sujet à des crises d’asthme et souffrant d’un souffle au cœur, nécessite une attention constante. « Je ne peux pas l’exposer à ces tensions, ni le faire marcher longtemps, parce qu’il suit un traitement », explique-t-elle. Rejoindre l’hôpital relève pour elle d’« une véritable odyssée ».

Plusieurs centaines d’habitants ont manifesté ces derniers jours dans les rues de La Paz pour exiger la levée des barrages. « Le peuple n’en peut plus », pouvait-on lire sur une pancarte lors d’une marche mardi. Le même jour, le Parlement a abrogé une loi qui encadrait strictement le recours à l’état d’urgence, offrant ainsi au président Paz la possibilité de mobiliser l’armée et de restreindre certaines libertés publiques.

« Les médicaments augmentent de prix ou certains deviennent introuvables », déplore Zulma Hinojosa, qui gagne sa vie en préparant des empanadas et en s’occupant parfois de malades à domicile. Selon le gouvernement, au moins quatre personnes sont décédées à cause des barrages routiers qui les ont empêchées d’être prises en charge à temps pour des urgences médicales.

À l’entrée d’une salle de réveil, Ruth Angulo, 63 ans, suit avec inquiétude le rétablissement de son fils, un chauffeur de taxi de 43 ans victime d’un accident vasculaire cérébral. « Il n’y a pas de médicaments » à l’hôpital, regrette-t-elle, racontant devoir chercher ailleurs les traitements nécessaires. Les hôpitaux souffrent également de la pénurie alimentaire. « Nous n’avons plus de viande, plus de poulet, plus de légumes ni de produits maraîchers, ce qui commence à provoquer des déficits alimentaires chez les patients », s’alarme Christian Calle. Dans les cuisines de l’établissement, le personnel compose avec les moyens disponibles. « Nous mesurons, rationnons et réduisons les portions », ajoute-t-il. Avant, le fils de Ruth Angulo recevait « une soupe et un plat principal », mais désormais « les repas sont réduits », confirme-t-elle.

Dans les hôpitaux d’El Alto, la situation serait comparable à celle de La Paz, selon un rapport publié lundi par le ministère de la Santé, qui ne fournit pas davantage de précisions.

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