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La Malaisie expulse 1.500 Birmans vers une Birmanie en guerre
Des bus ont convoyé mardi un premier groupe de 1.500 Birmans vers un navire en partance pour leur pays d’origine. Ce convoi lance un programme de 5.000…


Des bus ont convoyé mardi un premier groupe de 1.500 Birmans vers un navire en partance pour leur pays d’origine. Ce convoi lance un programme de 5.000 renvois que les organisations de défense des droits humains jugent périlleux.
L’opération a démarré mardi. Des dizaines de bus, encadrés par la police, ont déposé les premiers concernés dans un stade situé près de la base navale de Lumut, dans le nord-ouest de la Malaisie. Les journalistes n’ont pas été autorisés à franchir les portes de l’enceinte. Les personnes doivent être enregistrées avant de monter à bord d’un bateau qui les ramènera en Birmanie. Les sites de suivi du trafic maritime montrent que le Than Lwin, un navire birman de soutien et de soins, stationne au large de la base. Les embarcations devraient accoster à Thanlyin, au sud de Rangoun, vers la fin de la semaine.
Ce premier contingent n’est qu’un début. Au total, 5.000 Birmans détenus dans des centres de rétention malaisiens ont donné leur accord pour un rapatriement qualifié de volontaire. Un chiffre à replacer dans un climat qui se durcit. La Malaisie ne reconnaît pas le statut de réfugié et n’a jamais signé la convention de 1951 qui le protège. Mi-août, ses centres de rétention comptaient encore 10.388 Birmans.
Les organisations de défense des droits humains pointent un risque majeur. Beaucoup de ces personnes appartiennent à la minorité rohingya, une communauté musulmane qui représente les deux tiers des 190.000 réfugiés et demandeurs d’asile birmans présents dans le pays. Ni la Malaisie ni la Birmanie n’ont précisé combien de Rohingyas figuraient parmi les 1.500 partants. Leur histoire reste marquée par une opération militaire d’une violence extrême lancée en 2017, qui a poussé des centaines de milliers d’entre eux à fuir. Cette campagne fait toujours l’objet d’une procédure pour génocide devant la Cour internationale de justice.
Le Premier ministre malaisien Anwar Ibrahim avait annoncé en juillet que la Birmanie acceptait de reprendre 5.000 Rohingyas. Début septembre, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a douché cet optimisme dans un rapport. Il y estime que les conditions d’un retour volontaire, sûr, digne et durable ne sont pas réunies aujourd’hui.
Le programme a été dévoilé après une arrestation collective. Plus de 100 Rohingyas rassemblés devant le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés à Kuala Lumpur avaient été interpellés, puis menacés d’expulsion. Ils ont finalement été relâchés, leurs documents étant valides. La semaine dernière, plus de 160 associations de la société civile ont demandé au gouvernement malaisien de stopper immédiatement les expulsions, le temps de discuter de la situation en Birmanie. Anwar Ibrahim, lui, veut inviter le dirigeant birman Min Aung Hlaing, l’ancien général à l’origine du coup d’Etat de 2021, pour accélérer le processus. Les associations préviennent que les relations de la Malaisie avec la junte ne doivent pas se payer au prix de sa réputation et de son intégrité.
La Birmanie assure de son côté garantir un retour sûr et digne à ses citoyens déplacés à l’étranger. Le pays reste pourtant en proie à une guerre civile depuis le putsch de 2021. Les défenseurs des droits humains estiment que les mauvaises conditions de détention en Malaisie ont pu convaincre certains détenus d’accepter ce départ. À cela s’ajoute une campagne de désinformation en ligne qui cible les Rohingyas et renforce la xénophobie ainsi que les intimidations.
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