Économie
La Grèce en pleine crise : son essor touristique étouffé par une pénurie de main-d’œuvre

Malgré des chiffres records, le secteur touristique grec se heurte à une réalité implacable : des emplois vacants par milliers, faute de conditions attractives.
Le paradoxe est saisissant. Alors que la Grèce a accueilli plus de 36 millions de visiteurs en 2024, générant des revenus colossaux, les professionnels du secteur peinent à recruter. Les établissements hôteliers, bars et restaurants sont contraints de réduire leurs services ou de faire appel à une main-d’œuvre étrangère, souvent issue de pays hors Union européenne.
Les témoignages se multiplient sur des conditions de travail jugées déplorables. Une étudiante en tourisme, employée dans un hôtel cinq étoiles, a préféré démissionner après seulement un mois, évoquant des horaires épuisants, des tâches imprévues et un logement insalubre partagé avec sept autres salariés. Son cas n’est pas isolé. Les salaires, oscillant entre 950 et 1 100 euros nets, ne suffisent pas à retenir les candidats, surtout lorsque les journées s’étirent sans jours de repos.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 54 000 postes n’ont pas été pourvus en 2024 sur les 278 000 nécessaires. Les prévisions pour 2025 ne sont guère plus optimistes. Face à cette pénurie, les employeurs se tournent vers des solutions alternatives, comme l’embauche de travailleurs étrangers originaires d’Inde, des Philippines ou du Bangladesh. Certains tentent même de recruter des réfugiés, mais les candidatures restent rares, notamment en raison de la crainte de perdre leur hébergement une fois la saison terminée.
Dans les Cyclades ou sur l’île de Santorin, destinations phares, la proportion de personnel grec se réduit comme peau de chagrin. Un hôtel de luxe compte ainsi seulement 14 employés locaux sur 70. Les restaurants, quant à eux, multiplient les annonces désespérées en vitrine : « Recherche serveurs – Urgent ».
Cette situation met en lumière un malaise profond. Si le tourisme demeure un pilier de l’économie grecque, représentant 13 % du PIB, son modèle semble à bout de souffle. Sans amélioration des salaires et des conditions de travail, la Grèce risque de voir son attractivité s’éroder, au détriment d’un secteur pourtant vital pour sa croissance.

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