Économie
La France maintient sa taxe sur les petits colis malgré les contournements

Le gouvernement estime que cette mesure fiscale, bien que contournée, a accéléré la mise en place d’une régulation européenne et pousse les géants asiatiques du e-commerce à revoir leur stratégie logistique.
La taxe française de deux euros sur les petits colis importés, en vigueur depuis début mars, demeure en place. Cette décision intervient alors que les principales plateformes visées, telles que Shein, Temu ou AliExpress, ont rapidement adapté leurs circuits d’expédition pour l’éviter. En acheminant désormais leurs marchandises via des plateformes logistiques situées dans d’autres États membres de l’Union européenne, ces acteurs exploitent une faille légale. Une fois en libre circulation dans l’espace communautaire, les colis peuvent en effet être réexpédiés vers la France sans être soumis à la taxe nationale.
Cette réorganisation des flux a des conséquences directes sur le territoire français. Les professionnels du secteur logistique font état d’une baisse significative du trafic cargo sur l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle, au profit de hubs comme celui de Liège, en Belgique. L’Union des entreprises transport et logistique de France alerte sur les risques pour l’emploi et déplore un préjudice pour les PME exportatrices qui utilisaient ces liaisons aériennes. Face à ces constats, les autorités françaises ne nient pas l’impact immédiat, mais défendent la portée stratégique de leur initiative.
Paris met en avant son rôle moteur dans l’accélération du calendrier européen. La mesure française aurait contribué à avancer à 2026, au lieu de 2028, la mise en œuvre d’un dispositif fiscal harmonisé à l’échelle de l’UE. Dès cet été, la taxe nationale se combinera à un droit de douane communautaire de trois euros par type d’article, portant le prélèvement total à cinq euros en France. L’objectif affiché est double. Il s’agit à la fois de réguler un flux estimé à plusieurs milliards de colis par an en Europe, majoritairement originaires de Chine, et d’inciter les plateformes à modifier leur modèle économique.
Le gouvernement anticipe en effet une transformation profonde des pratiques. Plutôt que d’expédier individuellement des millions de petits paquets depuis l’étranger, les géants du e-commerce seraient incités à s’implanter durablement dans l’Union européenne. Cette évolution, qualifiée d’« amazonification » en référence au modèle du leader américain, impliquerait la création d’entrepôts régionaux. Une telle structuration permettrait un meilleur contrôle des importations et une intégration plus forte dans l’économie européenne, ce que les pouvoirs publics présentent comme une nécessaire « désintoxication » du marché.

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