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La crise au sein du principal parti d’opposition turc pourrait précipiter un scrutin anticipé

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Les remous judiciaires qui secouent le Parti républicain du peuple (CHP) risquent de servir les intérêts du président Recep Tayyip Erdogan, qui pourrait être tenté de convoquer des élections présidentielles avant l’échéance de 2028.

L’intervention des forces de l’ordre dimanche au siège du CHP à Ankara, suivie de l’invalidation de son président élu en 2023, a plongé la plus ancienne formation politique turque dans une profonde tourmente. Cette décision judiciaire est interprétée par de nombreux analystes comme une manœuvre visant à affaiblir les adversaires du chef de l’État avant un possible scrutin anticipé.

La perspective d’une élection présidentielle avancée semble désormais plausible. Recep Tayyip Erdogan, qui dirige le pays depuis 2003, pourrait ainsi contourner la limitation constitutionnelle à deux mandats consécutifs en organisant un vote avant la fin de son mandat actuel. Selon Seren Selvin Korkmaz, cofondatrice de l’Institut de recherche politique d’Istanbul, la vigueur et la soudaineté de ces actions suggèrent que les élections pourraient survenir plus tôt que prévu, le CHP représentant toujours une opposition crédible.

L’objectif de ces manœuvres ne se limiterait pas à diviser l’opposition, mais viserait à neutraliser le seul parti disposant encore de la structure organisationnelle, du capital électoral et de la légitimité nécessaires pour contester le pouvoir en place. La décision du tribunal d’Ankara a ravivé les tensions internes en remettant en selle un ancien dirigeant, provoquant une crise de légitimité préjudiciable au parti.

Pour Hamish Kinnear, analyste chez Global Risk Insight, cette situation pourrait perdurer plusieurs mois, voire années, rendant l’hypothèse d’élections anticipées d’autant plus attrayante pour le gouvernement. Tous les sondages récents indiquent une progression du CHP depuis les manifestations consécutives à l’arrestation du maire d’Istanbul, Ekrem Imamoglu, en mars 2025. Ce dernier, considéré comme le plus sérieux rival du président, avait été désigné candidat de son parti après le succès électoral du CHP aux municipales de 2024.

Özgür Özel, qui a pris la tête de la contestation, s’est imposé comme une figure centrale et continue de défier ses opposants en réclamant la tenue d’un congrès du parti et de nouvelles élections internes. Il dénonce ce qu’il qualifie de massacre de la démocratie, affirmant que le pouvoir cherche à décider qui seront ses adversaires et à diriger les partis d’opposition.

Imamoglu emprisonné, l’attention du président se serait désormais portée sur Özel, probable candidat du parti en cas de scrutin. Ce dernier fait toutefois l’objet de plusieurs poursuites judiciaires auxquelles il échappe grâce à son immunité parlementaire. Comme le souligne Gönul Töl de l’Institut du Moyen-Orient à Washington, les autocrates contemporains maintiennent l’apparence démocratique en ne supprimant pas les élections, mais peuvent choisir leurs adversaires et emprisonner ceux qui pourraient les battre.

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