Monde
La Bolivie au bord de l’implosion : le président Paz hausse le ton
Alors que les manifestations secouent le pays depuis près d’un mois, le chef de l’État prévient que la situation arrive à un “point de rupture” et menace de recourir à l’état d’urgence.
Le président bolivien Rodrigo Paz a lancé un avertissement solennel ce mercredi, alors que les rues de La Paz étaient de nouveau le théâtre de vastes rassemblements exigeant son départ. “Le pays a besoin d’ordre, le temps presse”, a-t-il déclaré, évoquant une crise qui, selon lui, approche d’un seuil critique. Cette prise de parole intervient au lendemain d’un vote parlementaire qui l’autorise désormais à décréter l’état d’exception, une mesure qui permettrait le déploiement de l’armée et des restrictions aux libertés publiques.
Le dirigeant centriste, qui appelle une fois de plus au dialogue, est confronté à une contestation de plus en plus large. Agriculteurs, mineurs et ouvriers, à l’origine d’un mouvement né de la colère face à la pire crise économique qu’ait connue le pays depuis quatre décennies, réclament aujourd’hui sa démission pure et simple. “Ceux qui veulent détruire la patrie auront affaire à moi et à toute la force de la Constitution”, a-t-il prévenu, s’adressant directement aux forces de l’ordre pour les assurer du soutien de la population.
Pourtant, la mobilisation ne faiblit pas. À l’occasion de la fête des Mères, des milliers de paysannes, arborant les drapeaux indigènes, ont défilé dans la capitale. “Nous n’avons pas peur de mourir. Nous donnerons nos vies pour nous défendre. Nous avons déjà dit au gouvernement de faire ses valises”, a lancé une manifestante, Marta Poma Luque. Une autre, Delta Salinas, a ajouté : “Nous en avons assez de ce président. À cause de lui, tout le peuple bolivien souffre.”
Les cortèges ont ensuite rejoint une grève des transports publics. “La police ne peut pas réprimer son propre peuple, qu’elle se retire”, a exigé Froylan Choque. La Paz, siège des institutions, est devenue l’épicentre des blocages, qui entraînent des pénuries d’aliments, de médicaments et de carburant. “Le prix des médicaments augmente et certains commencent à manquer”, a témoigné Zulma Hinojosa, 44 ans, dont le fils souffre d’asthme et de problèmes cardiaques.
Des centaines d’habitants ont manifesté ces derniers jours contre les barrages qui asphyxient la ville. Le président a chiffré les pertes économiques à 600 millions de dollars, dans un contexte où l’inflation avoisine les 15 %. “C’est pire que le Covid”, a-t-il affirmé, évoquant la flambée des prix et les ruptures d’approvisionnement.
Dans une tentative d’apaisement, Rodrigo Paz a annoncé en début de semaine qu’il réduirait de moitié son salaire mensuel, qui s’élève à environ 3 400 dollars, une mesure avant tout symbolique. Le gouvernement accuse par ailleurs l’ancien président socialiste Evo Morales, visé par un mandat d’arrêt dans une affaire présumée de traite d’une mineure, d’attiser les troubles. Réfugié dans la région du Chapare, son bastion politique, l’ex-chef de l’État appelle à la tenue de nouvelles élections dans un délai de 90 jours.
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