Culture
Kneecap, du rap nord-irlandais au militantisme palestinien


Le trio controversé revendique une constance dans son engagement pro-palestinien, malgré les annulations de concerts et les poursuites judiciaires. Leur notoriété n’a cessé de croître avec la guerre à Gaza.
Le groupe de rap nord-irlandais Kneecap observe une évolution notable dans le soutien public à la cause palestinienne. Rencontrés à Paris avant une représentation, les membres du trio estiment que leur positionnement, constant depuis leurs débuts, rencontre aujourd’hui un écho plus large. Leur popularité a connu une nette augmentation cet été, parallèlement aux polémiques suscitées par leurs prises de parole.
L’un des rappeurs, Mo Chara, reconnaît une hausse de la fréquentation de leurs concerts et de leurs revenus, mais il rejette l’idée d’une instrumentalisation de la situation. Il affirme que le groupe n’a jamais modifié son discours et que c’est le mouvement de solidarité avec la Palestine qui s’est amplifié. La présence du drapeau palestinien sur scène ou les références à cette cause font, selon lui, partie intégrante de leur identité artistique depuis leur formation.
Cette posture militante n’est pas sans conséquences. Mo Chara fait l’objet d’une enquête antiterroriste au Royaume-Uni pour avoir brandi un emblème du Hezbollah lors d’un concert à Londres en novembre 2024. Il est également accusé d’avoir scandé des slogans favorables au Hamas et au Hezbollah. Le musicien soutient avoir ignoré la nature exacte du drapeau et considère que ses actions sur scène relèvent de la performance artistique et non d’un appel littéral à la violence.
Plusieurs de leurs concerts en Europe ont été annulés, et une tournée américaine a été reportée. Les autorités hongroises leur ont refusé l’entrée sur le territoire, et le Premier ministre britannique a tenté, sans succès, de les faire exclure du festival de Glastonbury. Malgré ces obstacles, le groupe considère désormais ses performances comme des espaces d’expression libre, où le public peut afficher ses convictions.
Fondé à Belfast en 2018, Kneecap s’est fait connaître en mêlant rap en langue irlandaise, provocation et critique politique, notamment envers la présence britannique en Irlande du Nord. Leurs déclarations incendiaires, dont un appel à s’en prendre aux députés lors d’un concert, leur ont valu de vives critiques et des excuses publiques. Leur passage à Coachella en avril dernier avait également suscité la controverse après la projection du message « Fuck Israel, Free Palestine ».
Les membres du groupe estiment que leur notoriété contribue à rendre visibles les Palestiniens, qu’ils jugent trop souvent ignorés par les médias traditionnels. Ils se disent encouragés par la multiplication des voix critiques envers le conflit à Gaza. Mo Chara se montre confiant quant à l’issue des procédures judiciaires le visant, qualifiant l’enquête de « ridicule » et anticipant un non-lieu qui leur permettra de se produire à nouveau sans entrave, y compris aux États-Unis.





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