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Kery James, la voix indocile du rap français

Après trente ans de carrière, le rappeur franco-haïtien persiste à porter un discours engagé dans un paysage musical en pleine mutation, comme en témoigne son nouvel album « R.A.P ».
Alors que de nombreux artistes contemporains privilégient désormais des thèmes légers ou matérialistes, Kery James maintient avec constance sa ligne artistique fondée sur la dénonciation des injustices sociales et des discriminations. Son quinzième opus, intitulé « R.A.P » pour « Résistance, Amour et Poésie », incarne cette philosophie intacte après trois décennies d’engagement musical. L’artiste y déploie une plume toujours aussi acérée, comme en témoigne le titre « Radical » où il interroge le silence ambiant dans une période pourtant marquée par les tensions.
L’interprète de « Mouhammad Alix » reconnaît avoir gagné en modération avec le temps, mais affirme conserver une sensibilité aiguë face aux souffrances du monde. Cette empathie demeure selon lui le véritable moteur de sa création. Repéré adolescent avant son éclosion au sein des collectifs Mafia K’1 Fry et Ideal J, le musicien de quarante-sept ans n’a jamais renoncé à son approche où la puissance des messages prime sur les considérations mélodiques.
Il observe avec lucidité l’évolution du paysage rap actuel, qualifiant certains succès du moment de « nouvelle variété » vidée de sa substance originelle. Le business et l’argent auraient selon lui pris le pas sur l’authenticité artistique, produisant une musique en phase avec les logiques capitalistes contemporaines. Une orientation qui le distance naturellement de cette mouvance, lui dont l’album « À l’ombre du show business » en 2008 cristallisait déjà cette méfiance.
Son nouveau projet musical intègre six collaborations, notamment avec la star congolaise Fally Ipupa, le chanteur sénégalais Wally B. Seck et Kareen Guiock Thuram. Il y réaffirme son soutien au peuple palestinien à travers le titre « Shaban », hommage à un jeune homme disparu dans la bande de Gaza en 2024. L’artiste souligne l’importance de redonner une identité à des victimes trop souvent réduites à des statistiques.
Son discours continue de embrasser une large palette de préoccupations sociales, des sans-papiers contribuant à l’économie nationale aux policiers respectueux de l’éthique. Les violences policières, les médias et la classe politique figurent parmi ses cibles récurrentes, comme en attestent ses compositions musicales et ses pièces de théâtre.
Parallèlement à sa carrière artistique, Kery James s’investit depuis dix-sept ans dans son association dédiée à l’éducation des jeunes des quartiers populaires. Au cinéma, il prépare le troisième volet de « Banlieusards », attendu prochainement sur Netflix. Celui qui se définit comme éternellement « banlieusard et fier de l’être » envisage parfois une carrière littéraire, mais c’est finalement sur scène qu’il trouve son espace d’expression privilégié. Après une tournée acoustique, il retrouvera l’Accor Arena en novembre 2026, sept ans après sa dernière prestation dans cette enceinte parisienne.

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