Europe
Jusqu’à 16 ans de prison requis pour le sulfureux chef du clan Yoda à Marseille
Félix Bingui, alias Le Chat, est au centre du procès du gang Yoda, un réseau de trafic de drogue qui faisait régner la terreur dans les quartiers Nord de Marseille. Le parquet a réclamé lundi une peine lourde et inédite pour ce narcotrafiquant présumé.
Le procureur a frappé fort. Lundi, il a demandé jusqu’à seize ans de prison contre Félix Bingui, considéré comme le cerveau du clan Yoda. Ce gang marseillais, connu pour gérer des points de deal ultra-rentables comme celui de « La Fontaine » dans la cité de la Paternelle, aurait généré des profits astronomiques. Pour ses lieutenants, les réquisitions sont tout aussi sévères. Douze ans ont été requis contre Mohamed Hussein Saleh, son bras droit présumé, et dix ans contre Zine Eddine Belkai, surnommé le « grand gérant » des ventes, actuellement en fuite. Des amendes allant jusqu’à 500 000 euros ont également été demandées pour le chef présumé.
L’enquête, menée pendant près de deux ans entre 2021 et 2023, a mis au jour un système criminel bien huilé. Les caméras de surveillance montraient un passage de clients toutes les trente secondes. Les dealers privatisaient l’espace public avec des barrières et allumaient des feux de palettes la nuit pour éclairer la cité. Le procureur a rappelé que cette guerre de territoires entre les Yoda et la DZ Mafia a fait des dizaines de morts à Marseille. En 2023, 52 personnes ont été tuées et 124 blessées dans des règlements de comptes liés à ces trafics. « Ces réseaux sont armés et se livrent à une lutte acharnée pour le contrôle des points de deal et de leur manne financière », a-t-il insisté.
Les avocats de la défense, eux, crient à l’injustice. Pour Me Philippe Ohayon, le parquet de Marseille a voulu faire de ce procès un laboratoire et de son client un cobaye en réclamant des peines jamais vues en France pour du trafic de cannabis. « C’est une peine très très lourde, totalement disproportionnée », a renchéri Me Gaétan Poitevin, qui défend Mohamed Hussein Saleh, libre sous contrôle judiciaire. De son côté, Félix Bingui a nié toute implication, peinant à expliquer son train de vie fastueux entre hôtels de luxe, montres Rolex et vols en classe affaires. Les écoutes téléphoniques et les témoignages de ses compagnes le décrivaient comme un « chef », un « patron » ou un « boss », craint et admiré par ses subordonnés. Les plaidoiries débutent mardi, et le verdict est attendu en fin de semaine.
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